La Gaule de Charles, chapitre 10
L'été continue avec d'autres incendies à combattre dans le midi. L'automne arrive qui devrait un peu calmer tout le monde. A l'autre bout du territoire métropolitain de la république, on est aussi au recueillement. http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tropole
On vit toujours sur l'héritage de Boutel et d'Aposs. La démission de tous les conseillers d'opposition a entraîné des élections partielles. Elles se sont tenues dans les premiers jours de ce mois. C'est la même situation qu'après l'accident de 1993. C'est demain le cinquième anniversaire. On est en effet le 15 septembre.
Aucun candidat ne s'est présenté pour la tendance Dutoit. Tout le monde s'y attendait. Il n'y a eu qu'une liste. Elle ne comporte que des gens pour Clémentine. Parmi eux, l'employée communale qui avait rédigé le tract mémorable. Elle invitait à contester la demande de contre-expertise! Et Clémentine dévoile son ambition. Elle veut être maire de Basseville. Ça, c'est une promotion. Elle y arrivera sûrement et rapidement. Pifon est encore le premier magistrat. Il ne pèse pas lourd. Elle n'a plus besoin de lui. Et lui, il a été élu sur la liste adverse, en 95! Il traîne toujours ça comme une tache.
Enfin, tout ça n'a plus d'importance pour Christophe. Lui et son équipe ont fait tout ce qui était dans leurs capacités. La commune n'est pas sortie de la situation de non droit où elle se trouvait. On ne peut pas sauver les gens malgré eux! D'autres auraient peut-être mieux fait. C'est dommage qu’ils n'aient pas été là! Christophe est passé devant la salle, ce matin. Il a vu un petit groupe qui marchait sur le chemin d'accès. C'est vrai, toutes les installations pouvant mettre en cause la sécurité du public doivent subir un contrôle technique annuel. «Mettre en cause la sécurité du public». L'expression est bien trouvée. Ses auteurs ont-ils pensé que certaines sont carrément faites pour ça? «Mettre en cause la sécurité du public». Dieu sait si c'est le cas avec «l'œuvre de solidarité avec les populations souffrantes d'Afrique». Le contrat qui lie la commune au cabinet «Mathurin Sécurité Consultants» a été tacitement renouvelé. C'est la quatrième fois. C'est donc le cinquième contrôle.
Et aujourd'hui, 15 septembre 1998, monsieur Mathurin en personne s'est dérangé. La municipalité semble décidée à acheter une deuxième tondeuse. http://fr.wikipedia.org/wiki/Tondeuse_%C3%A0_gazon
Elle pourrait aussi bien remplacer celle-ci par une plus grosse. Si l'achat se fait, il faudra veiller à ce que le matériel neuf soit équipé comme l'actuel. On exigera la dernière version. Ça concerne aussi le transpondeur. En attendant, Mathurin note que le mécanisme de l'œuvre fonctionne remarquablement. Il ne fait pas le moindre bruit. Monsieur Mathurin remettra donc un rapport sans aucune demande particulière. Que ce soit la mécanique ou l'électronique, tout fonctionne. Même l'électronique embarquée sur la vieille tondeuse à gazon. On se dit toujours que le cantonnier pourrait tomber dans l'œuvre. Il n’y a toujours pas d'antécédent à ce genre d'accident en France. Lucien ne devrait pas avoir d'ennuis. Ce serait dommage, en fin de carrière!
Ce vingt et un septembre 1998 est un jour affreux. C'est le pire que Basseville a connu depuis très longtemps. Philippe Lepape est mort. Il s'est suicidé. Ses parents, Luc et Sophie, sont en voyage. Sa femme était seule quand elle l'a retrouvé. Elle a couru chez leurs voisins. Elle criait. Tous sont venus, aussitôt. Ils ont appelé les gendarmes. Eux aussi sont venus rapidement. Il n'y avait pas d'officier de police judiciaire parmi eux. http://fr.wikipedia.org/wiki/Officier_de_police_judiciaire
Ils ont donc téléphoné à la mairie. Et voilà que Pifon, le maire, est hospitalisé. Ça fait une semaine. C'est pour une opération d'hallux valgus. http://fr.wikipedia.org/wiki/Hallux_valgus
Clémentine, premier adjoint, est allée lui rendre visite. Elle apprécie toujours de voir les gens enfermés dans un espace restreint. Ils sont alors plus ou moins à sa merci! C'est sans doute une déformation professionnelle. Finalement, les gendarmes ont réussi à joindre le deuxième adjoint. Ils demandent à Julien Lardoise de venir avec le cachet de la mairie. Ils ont également appelé le médecin. Celui-ci n'a pas mis longtemps à venir.
Julien arrive à son tour. il est très choqué. Les gendarmes le conduisent jusqu'au corps. Personne n'y a touché. Julien termine les formalités avec les gendarmes. Il rejoint la femme de Philippe et les voisins. Personne ne parle. On reste ensemble.
Et puis on parle des enfants. Ils vont rentrer de l'école pour déjeuner.
Michel Deval et Christophe Potteur ont appris la nouvelle. Ils se sont aussitôt précipités. Émilie, la femme de Philippe est soulagée de les voir. Elle éclate en sanglots. Non, ce ne sont pas les histoires de conseil qui ont amené Philippe à faire ça. Bien sûr, ça a contribué à préparer le terrain. C'est la tante Martine qui est responsable. C'est elle qui a tué Philippe. Émilie tient à le dire à Michel et Christophe:
- Le soir où vous avez parlé de ça avec Philippe, ça lui a fait beaucoup de bien. Après, il a eu l'air détendu. Ça a duré plusieurs semaines. La tante pouvait mijoter ce qu'elle voulait. Il faut dire qu'elle est loin d'ici. Et puis elle est revenue à la charge.
Michel voudrait comprendre:
- mais qu'a-elle comme arguments? Tu le sais, toi? Ça semble tellement fou comme prétention!
- il n’y a pas que la prétention à être folle. Il y a aussi la tante. Elle n'a aucun argument. Elle n'en a jamais donné aucun. Avant, on l'avait toujours vue rire de tout. Elle disait que rien n’avait d'importance! Et puis, elle a commencé à menacer de faire rouvrir la succession de sa mère. Elle était haineuse. Elle menaçait. On ne la connaissait pas comme ça. La vérité c'est qu'elle a un sens particulier de la justice. Un testament est juste quand elle a tripatouillé dedans. http://fr.wikipedia.org/wiki/Testament
Il faut qu'elle soit parvenue à le faire faire à son avantage. Ça peut aussi être à celui de ses enfants. Là, plus particulièrement, il faudrait que ce soit à l'avantage de sa fille aînée.
Quelques années plus tard, Emilie rappellera cette conversation à Christophe. Elle parlera alors du testament de Paul. Martine semble bien l'avoir carrément fait refaire comme elle souhaitait.
«Paul, c'est le mari de Myriam, la sœur aînée de mon beau-père. Il était très brillant. À quatre vingt quatre ans, il travaillait à des recherches sur «l'effet sol». Il préparait un deuxième ouvrage collectif sur des avions qu’il aimait beaucoup. C'était au début de l'année 2002. Juste après, sa femme est tombée malade. Elle est morte en quelques mois. Après la mort de Myriam, l'état de santé de Paul s'est vite dégradé. Il s'est retrouvé grabataire en juin 2003. En juillet 2004, Martine a mis son projet à exécution. Elle a réussi à faire accepter son fils comme témoin. Le notaire a préféré fermer les yeux! Elle l'avait trouvé pour obtenir le testament qu'elle souhaitait. Martine s'occupait de dépouiller son beau-frère juif. À la même époque, elle était reçue à la Knesset. http://fr.wikipedia.org/wiki/Knesset
Elle était avec d'autres membres de l'Amitié Judéo-Chrétienne. C'est dément. Et maintenant, c'est ma tante Élise qui prend la même tournure criminelle. Elle a annoncé qu'elle ferait à sa fille Myriam, ma cousine, autant de tort qu’elle le pourrait. Pour commencer, Myriam n'aurait aucun doit sur leur maison de famille. Et son fils, Otto-Alphonse, reprend ces mœurs de la génération Lepape précédente. Il les aggrave encore. Il veut évincer sa sœur de la succession de leur mère. Et personne ne bronche. La famille ferme les yeux! Mais qu'est-ce qu'il y a chez ces gens! Ils passent pour des références morales! Ça ne les empêche pas de jouer avec la vie, la conscience, les droits de leurs enfants, de leurs frères, de leurs sœurs, de leurs neveux! Myriam a le même âge que Philippe. Elle est traitée comme mon oncle Raymond l'a été. Il semble qu'on traîne une pathologie mentale très lourde dans la famille. Ça dure au moins depuis que la grand-mère Louise a développé un attachement malsain pour son frère après sa mort. http://fr.wikipedia.org/wiki/Inceste
Il s'appelait aussi Raymond. Il est mort en 1913 à Polytechnique». http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cole_polytechnique_(France)
Mais aujourd'hui, maintenant, chez Philippe, le médecin vient chercher deux ou trois hommes. Le corps de Philippe ne peut pas rester où il est. Il faut le transporter. Trois des voisins passent auprès de Christophe et de Michel. Ils sortent pour suivre le médecin.
- mais pourquoi a-t-il fait ça? Il n'était pourtant pas malheureux. Il avait de l'argent sur son compte.
Manifestement, Émilie n'a pas entendu:
- je vous assure que je vais faire mon enquête. Je vais trouver la façon dont l'oncle Paul a été amené à faire un nouveau testament. Il était déjà en fin de vie. Je vais faire payer Martine et les autres. Je ne vais pas les louper!
Les enfants arrivent. Michel et Christophe les embrassent. Ils les laissent avec leur mère et la famille qui est arrivée. Ils repasseront plus tard dans la journée.
La vie a continué à Basseville-sur-Terre. Cela fait plus d'un an que Philippe est mort. Le journal annonce que l'arrêt de la cour d'appel est cassé pour Boutel. Christophe s'en moque. Quelques jours passent. Il se décide à écrire à la cour de cassation. Il demande la communication de son arrêt. Il le reçoit assez rapidement.
Il lit qu'il est reproché à la cour d'appel de Caen de ne pas avoir traité la prescription comme elle l'aurait dû. Elle s'est contentée de dire qu'il n’y avait pas prescription. Il aurait fallu commencer par établir qu'aucun élément n'avait été dissimulé. La prescription pour les faits cachés ne court, heureusement, qu'à compter du jour où ils sont découverts! Christophe a aussi lu le jugement du tribunal administratif.
Il commence par ces mots: «la demande de monsieur Potteur est rejetée». Vlan. Puis il répartit les responsabilités.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Responsabilit%C3%A9
Il y en a pour les entreprises. Il y en a aussi pour l'architecte et... Basseville-sur-Terre n'est pas oubliée. Le tribunal administratif explique cette imputation d'une partie des torts. Il y a faute de la commune. Ça lui vaut dix pour cent de la note à sa charge. Bien sûr, on n'ira pas présenter la facture aux élus de l'époque! Christophe suivra tout ça de loin. D'ici là, il ne s'occupe plus de rien. Les affaires de Basseville, il en a soupé. il tient la commune pour responsable de la mort de son ami. Ce qu'Émilie a pu leur dire n'y change rien.
Encore un an a passé, et même un peu plus. Cette fois-ci, le journal annonce la fin de la procédure contre Boutel. Christophe écrit à la nouvelle cour d'appel. Il n'y met pas plus d'ardeur que l'année passée. Cette fois, c'est la cour d'appel de Paris. Il lui demande de lui communiquer son arrêt. C'est la décision définitive. Il n'y a plus aucune voie de recours. Enfin plus aucune voie de recours ordinaire.( http://fr.wikipedia.org/wiki/Proc%C3%A9dure_p%C3%A9nale_en_France )
Jean-Sébastien est passé à l'improviste. Ils découvrent l'arrêt en le lisant. Ils apprennent comment le tribunal correctionnel a affirmé qu'il y avait eu marchés négociés. Il n'y avait pas eu que la parole de Boutel. Il y a aussi eu une attestation du percepteur datée du 9 mai 1997. Personne n'en avait fait état jusqu'alors. Ce percepteur, c'est celui qui avait participé à l'ouverture des plis pour l'appel d'offres en juillet 1992. C'est aussi celui qu'ils ont obligé à revenir une deuxième fois pour le vote du budget en 1997. Du fait du boycott, la première réunion, le quorum n'avait pas été atteint. A-t-il voulu se venger de l'affront? Quoi qu'il en soit, il a remis une attestation sans queue ni tête. Il parle de ses supputations au début de la procédure d'appels d'offres. Il confie ce qu'il aurait alors trouvé normal. La commune, pensait-il, allait passer à la procédure de marchés négociés. Ah! On est ravis de l'apprendre! La cour ne ment pas explicitement. Ça, c'est une nouveauté. On a cependant du mal à saisir les enchaînements de son raisonnement. Elle ne parvient jamais à dire clairement quelle est la nature des marchés. Elle tient manifestement cette attestation pour un élément établissant qu'il y a eu marchés négociés. La façon dont elle développe son argumentation le montre assez bien.
- «Contre leur prince, leur patrie, leur serment». http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Terrail_de_Bayard
Quoi d'étonnant! dit Jean-Sébastien, philosophe. Ça vaut l'information sur les chaînes d'état! C'est à qui trahira le plus le peuple. Il est supposé être souverain... et «leur» souverain, «leur» prince!
- et ça, c'est la décision définitive! Quel rôle le président du conseil général a-t-il bien joué là-dedans? Et quel rôle a joué sa prise de position dans la presse départementale début avril 1998? Comme par hasard, il a été assez longtemps président de chambre de cette même cour d'appel de Paris.
Toutefois, la cour a révélé l'existence de l'attestation du percepteur. Celle-ci avait été cachée par les deux premières juridictions. Elle cherche sans doute à mettre les pieds dans le plat. Christophe réalise qu'elle cherche peut-être à dénoncer les conditions dans lesquelles l'administration et des élus l'obligent à statuer... Néanmoins, elle donne à ses derniers des gages de sa bonne volonté. Elle affirme que Boutel n'a pas caché qu'il y avait marchés négociés. Elle déclare ensuite qu'il y a prescription. Mais, la vérité, Christophe et Jean-Sébastien la connaissent. Des conseillers municipaux ont été interrogés par la P.J.. Ils ont affirmé qu'il y avait eu marchés négociés. Ça, même l'architecte l'a écrit aux entreprises! La vérité, ce n'est pas qu'il y a prescription parce que Boutel n'a pas caché qu'il y avait marchés négociés. La vérité, c'est qu'il n'y a pas prescription parce que Boutel a caché qu'il y avait appels d'offres! Boutel aurait donc dû être rejugé. http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9ni_de_justice
Il aurait dû être condamné comme il le méritait. Il devait payer pour le tort qu'il a fait à Basseville-sur-Terre. La procédure pénale est terminée. Aposs est parti précipitamment plus de deux ans plus tôt. C'est une très bonne chose. Ça n'était manifestement pas suffisant. C'est l'ensemble de la fonction publique locale qui pose problème. Basseville-sur-Terre n'aura pas eu droit à la justice. Elle reste une zone de non-droit.
Les mois passent. Christophe ne pense pas aux tribunaux. Il a même oublié la préfecture. Ces souvenirs désagréables lui reviennent en de rares occasions. Et c'est toujours à des moments où le souvenir de Philippe lui revient. Or, aujourd'hui, c'est le troisième anniversaire de sa mort. A la télévision, les informations viennent d'annoncer une nouvelle invraisemblable. Une gigantesque explosion a ravagé une cité industrielle. Il y a 30 morts, 9.000 blessés (sur FR2, le 3 juin 2005 entre 23 h 00 et 23 h 30, on montrera encore des images de ce cataclysme!)
Une enquête est ouverte. Dans les jours qui suivent l'explosion, le procureur fait une déclaration choc. Lui aussi, on le priera d'aller cacher sa honte plus loin, le temps venu. Il contredit des éléments matériels. Ces éléments font penser à un attentat. Mais lui, affirme qu'il s'agit certainement d'un accident. Les expertises n'ont pas encore parlé. Pas grave! Alors, tout de suite, Christophe comprend. Il se dit qu'il faut voir là la main d'un sbire préfectoral. Un clone de celui d'Aposs a dû transmettre des recommandations. http://fr.wikipedia.org/wiki/Clonage
Il l'aura fait sur un ton plus ou moins impérieux. Et le ministère public se sera à nouveau écrasé! Or, pourquoi imputer la responsabilité de ce nouveau sabotage à un clone du sbire d'Aposs. Celui-ci a justement été nommé là-bas en partant d'ici... Comme quoi, le style, c'est l'homme.
Les conseillers municipaux de Basseville ont maintenant les mains libres. Ils peuvent traiter tous les sujets à leur guise. La commune va toucher le montant accordé par le tribunal administratif pour les réparations nécessaires. Cette somme est de plus du double de celle accordée par l'assurance. Ça renvoie Christophe aux premiers temps de son mandat. Clémentine n'est pas fière. Ça n'empêche pas ses prétentions. Et elle dispose de cette somme. Elle a pourtant tout fait pour que la commune ne la touche pas! Comment une majorité des électeurs peut-elle se mettre dans de telles mains? Il reste donc passif. Le conseil décide unanimement d'utiliser cet argent soi-disant maudit. Une nouvelle dommage-ouvrage a été souscrite pour ces travaux de réparation. Seulement, il regrette une chose. La structure n'a pas été vérifiée. Les travaux ne porteront pas sur elle! http://fr.wikipedia.org/wiki/Maintenance
Clémentine est maintenant maire de Basseville-sur-terre. On l'oublie un peu. Elle annonce la création d’un poste de troisième adjoint. Elle dispose de peu de temps pour faire son travail de maire. C'est la motivation de cette décision. Son travail sera fait par ce troisième adjoint. Il sera rémunéré sur le budget communal. Elle garde son indemnité de maire. Elle continuera à la percevoir intégralement. Là, on devrait plutôt parler de revenu d'une prébende. D'ailleurs, Basseville était une prébende. Ça remonte à Guillaume le Conquérant. http://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_le_Conqu%C3%A9rant
Ces prébendés là savaient gérer, au moins. http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9bende
C'est une différence notable avec les copains de l'administration républicaine. Ce n'est pas la seule. Au sujet de la salle polyvalente, les choses ne se passent pas simplement. Le maire n'avait pas prévu ça. Elle a contacté huit architectes. Elle leur a demandé une proposition. Seuls trois ont répondu. Cette affaire là n'attire pas grand monde!
Péniblement, les travaux vont commencer.
On s'attend à voir la salle recouverte en bacs acier. Ça respecterait l'avis de Grease, l'expert. Il a mis en évidence l'impossibilité de recourir au bitume. Les bacs présentent un autre avantage. Ils préservent l'aspect initialement voulu par l'architecte. Cet aspect que la municipalité de l'époque a voulu. Cet aspect chèrement payé sur le budget communal.
Un jour, Christophe Potteur passe devant la salle. Il a le regard attiré par des bandes foncées qui commencent à s'allonger sur la toiture.
Mais oui, c'est bien ça. On recouvre la salle en bitume. C'est vrai que, les bacs acier aussi, Grease avait dit que ça ne marcherait pas! Et ce n'est pas tout. De chaque côté, les bardages latéraux sont percés chacun de trois grandes fenêtres, immenses! Ça va sans doute aider les murs à moins se déformer sous les bourrasques!
Y a-t-il cinq ans, non dix ans? Ça ne doit pas en faire beaucoup plus. Il faudrait calculer précisément. Ce n'est pas vraiment important! En tout cas, c'est forcément moins vieux que l'époque où, tout juste adulte, Christophe avait fait un rêve. Un jeune garçon lui montrait une ronde de lutins peinte il y a très longtemps. Elle était au centre d'un plafond rouge. Elle se déployait autour de l'attache d'un lustre. http://fr.wikipedia.org/wiki/Lustre_(ameublement)
Ce petit garçon, il le connait. C'est son père, Frédéric Potteur. La dame à la robe couverte de poussière, il la connait aussi. C'est sa grand-mère. C'est Louise-Madeleine. Il ne l'a connue qu'enfant. C'est vrai, ça le replonge à l'époque de son enfance. L'enfance de son père lui semblait alors plus lointaine que la prise de la Bastille. Au moins, ça, on lui en parlait à l'école. L'enfance de son père lui semblait aussi lointaine, sans doute, que celle où des fées et des lutins peuplaient les marais et les bosquets de la région. http://fr.wikipedia.org/wiki/Mythologie_nordique
Aujourd'hui, on est le 1er mai. C'est vrai. Pourtant, Christophe ne va sûrement pas croiser de lutins en allant cueillir le muguet. Depuis plusieurs semaines, une idée le suit. Ils ont démissionné, tous les sept, en 98. Ils étaient alors décidés à ne plus jamais se présenter à une élection. Ils ont tenu parole. Ça ne leur a posé aucune difficulté! Et Philippe est mort juste après. Ils ne voulaient pas recommencer. C'était aussi en sa mémoire. Mais maintenant, ce n'est plus pareil. Ça fait si longtemps.
Christophe se souvient des premiers principes de la république. Ceux au nom desquels on a tant tué. Ils prévoyaient que les citoyens pouvaient reprendre leur souveraineté qu'ils avaient déléguée, qu'ils avaient donnée collectivement aux représentants du peuple. Ça, c'était possible dans un cas précis. Il fallait qu'il soit fait mauvais usage de cette délégation. Alors, chacun pouvait exercer lui-même, directement, sa portion de souveraineté... C'était vrai en particulier en ce qui concerne la justice. Il s'agit bien de notre justice. Il s'agit de celle qui est rendue au nom du peuple. Mais cette justice qui ment n'est pas celle du peuple! Les droits de Christophe et ceux de Basseville ont été bafoués. Il y a longtemps qu'il en a pris conscience. Au conseil, c'est toujours la même «tendance». Les années qui ont passé n'ont pas amélioré ça. Il y a pourtant eu du renouvellement Mais c'est le même vivier malsain qui fournit le conseil! http://fr.wikipedia.org/wiki/Vivier
Et les magouilles aussi ont continué. Il y a eu quelques périodes de calme. On n'entendait plus parler de rien. Ça ne veut pas dire qu'il ne se passait rien.
Ils se sont retirés purement et simplement. Ils l'ont fait parce qu'ils sont comme ça. Manifestement, ce n'était pas la solution. Ça ne pouvait marcher qu'un temps. Boutel a gardé sa médaille. Il a eu droit à tous les honneurs. Dutoit aussi, s'en est bien tiré. Il a fait jouer des soutiens politiques. Le syndicat agricole qui le poursuivait a été traité comme Basseville. Les juges ont nié l'existence d'une caisse noire. Le syndicat avait pourtant établi son existence. Elle marchait au profit des dirigeants de la coopérative. Mais, parmi les autres prévenus, il y avait un commissaire aux comptes et un sénateur. Des crapules qui fleurissent dans un régime dégénéré. Il faut le dire. Non, non, non, ça ne va pas! Christophe Potteur s'assied à son bureau. Il doit écrire. Il réfléchit à tout ce qu'il a à dire. Il a procédé de cette façon quand il a fait sa note à la suite de laquelle l'avocat de la commune a exigé l'expertise de la charpente de la salle. Il essaye déjà de trouver un titre. C'est une façon de se fixer un cadre. Il faudra que ça parle du commencement. Il faudra parler de l'époque où il n'avait aucune envie de se mêler de la vie politique locale.
À cette époque là, il croyait seulement un peu à la corruption. http://fr.wikipedia.org/wiki/Corruption
Pour lui, c'était seulement l'affaire des ministres et des députés. À cette époque là, il avait des idées très négatives sur la politique. Elles ne portaient que sur la politique nationale. Il croyait que les affaires de Basseville étaient en de bonnes mains. Il n'avait pas approfondi la question. Il n'avait rien détecté de suspect. Pourtant, le département bruissait de rumeurs sur Boutel. «Votre maire délinquant» C'est ce que beaucoup entendaient quand ils disaient qu'ils étaient d'ici. Ça fait plaisir! Et puis, les élections sont arrivées. Trois semaines avant, la liste Boutel est venue le chercher. C'est seulement maintenant qu'il fait le rapprochement. C'était bien à une ronde de lutins que Boutel voulait le faire participer. C'était une ronde sur fond de sang! En avait-il l'intuition? Il ne sait plus. Toujours est-il qu'il avait commencé par refuser. Et puis, il a changé d'avis. C'est ça, c'est ça! On n'entendait que ça au sujet des élections municipales. A la télévision, partout, à l'église aussi:
- portez vous candidats! Allez voter!
- les chrétiens doivent s'engager! http://fr.wikipedia.org/wiki/Christianisme
Alors, il a repris contact. C'était trop tard. La liste d'Adrien Boutel était complète. Alors, il était décidé à laisser tomber. Il avait eu l'intention d'y aller. C'était déjà pas mal! Et le deuxième Pifon est venu le chercher. C'était à ce moment là précisément. On était à une semaine du premier tour. Ce Pifon là recrutait pour la liste de Pierre Dutoit. Christophe avait dit oui pour Boutel. Il ne pouvait pas faire autrement que de dire oui pour Dutoit, un ancien ami de Frédéric, son père! Et il a été élu. Il n'avait pas envisagé ça. Il y serait allé moins carrément. En attendant, il avait un mandat pour six ans. Jusqu'à leur démission, il a fait ce qu'il croyait juste. Il a fait ce que la république prétendait attendre de ses élus. Elle affiche une loi et des principes. Il a voulu les faire respecter! Il a constaté à quel point elle mérite son deuxième nom. Celui de gueuse. http://fr.wikipedia.org/wiki/6_f%C3%A9vrier_1934
Fin 2006, il a écrit au Grand Chancelier de la Légion d'Honneur. Il lui a communiqué une demande de retrait de l'Ordre National du Mérite à Boutel. En effet, Anquetot reste condamné pour le recel des délits commis par Boutel. L'existence des délits qui sont l'objet du recel est donc établie... Mais, début 2007, le Grand Chancelier refuse. Il décide de ne voir que la décision du 15 novembre 2000 de la Cour d'Appel de Paris. Pour lui, Boutel n'a pas caché qu'il y avait marchés négociés... La république confirme sa volonté de distinguer le maire délinquant.
Maintenant, il va tenter autre chose. Il en est convaincu. La justice n'a pas rempli sa principale fonction. Sa première responsabilité est de dire la vérité. Christophe décide qu’il n’ira plus voter. Il exercera lui-même autant qu’il le pourra sa souveraineté de citoyen. Et il commence. La vérité lui a été refusée. Il va la dire lui-même! Il va écrire. Il va faire savoir comment les choses se passent en réalité. Il va choisir soigneusement le titre. Il parlera des pourris installés aux commandes de l'état. Il s'est opposé à la délinquance municipale. Il a bien vu comment l'administration fonctionne. C'est bien face à sa délinquance qu'il s'est retrouvé! http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9linquance
Il ne veut plus jamais être en première ligne. Ça, c'est une certitude. Ça fait longtemps qu'il n'y est plus. C'est certain. Ça lui convient tout à fait. Il ne cherche pas la célébrité mais plutôt la paix. Il n'écrira donc pas sous son nom.
Il est toujours en contact avec quelques uns de ses anciens collègues du conseil municipal. Il ne leur fera pas lire son livre. Sauf exception. Jean-Sébastien avait eu la même idée que lui. Il lui apportera son aide. Christophe repense à la dernière fois qu'il l'a vu. Jean-Sébastien l'avait invité pour le baptême de son second enfant. Christophe revient au sujet qui le préoccupe. Il ne mettra personne au courant. Il y aura une exception. Tout naturellement, sa femme, Myriam Potteur, suivra la progression. Jean-Sébastien sera consulté également. En dehors d'eux, personne! Ce sera plus facile à gérer!
Et puis, il doit garder à l'esprit ce qu'il faut montrer. C'est ce dont ils ont été témoins. Il doit aussi faire connaître ce qu'il sait. Mais lui, il peut rester caché. Il médite alors le proverbe chinois: «Quand le doigt montre la lune, l'idiot regarde le doigt.» http://fr.wikipedia.org/wiki/Proverbes_chinois
Ça n'arrivera pas. Il a trouvé. Si elle est d'accord, il signera sous le nom de sa femme, Myriam Potteur. Ça devrait lui plaire. N'a-t-elle pas déjà signé la pelle du 18 décembre? Alors, Christophe allume son ordinateur. Il tape les premières phrases. http://fr.wikipedia.org/wiki/Machine_%C3%A0_%C3%A9crire
Au même moment, Otto a une nouvelle mission. Elle l'emmène à l'étranger, cette fois. Il a un peu plus de quatre-vingt cinq ans. Ça lui fait à peu près le même âge que l'expert à la fin de l'expertise de la salle polyvalente. Les années ont passé depuis la conversation qu'il a eue avec Aposs. Elle le poursuit toujours. Il avait alors presque quatre-vingts ans... La violence bouillait en lui lorsque Aposs a eu terminé. Sa crise dans les jours qui ont suivi la un peu purgée. Ça ne l'a calmé que très temporairement. http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupement_des_commandos_parachutistes
Cette violence est toujours présente. Elle ne partira pas toute seule. L'idée d'un passage à l'action a germé en lui. Elle a pris forme. Ça s'est fait presque indépendamment de sa volonté. Il doit être mis à la retraite dans quelques mois. Tout de suite, c'est tout juste s'il a un week-end sur quatre ou cinq. Et les vacances, ce n'est pas au programme! Il va attendre d'être à la retraite. À ce moment là, se dit-il, il se rendra à titre tout à fait privé à Basseville-sur-Terre. Il leur tombera dessus. http://fr.wikipedia.org/wiki/Chute_op%C3%A9rationnelle
comme Joseph Kittinger http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Kittinger
pendant le projet Excelsior. http://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_Excelsior
Là, Otto verra ce qui se passe vraiment. http://fr.wikipedia.org/wiki/Justicier
FIN
http://fr.wikipedia.org/wiki/FIN
https://picasaweb.google.com/102798731435136260430/Corruption?authuser=0&feat=directlink