La Gaule de Charles, chapitre 7
Les membres de l'opposition, sans Dutoit, sortent groupés de la mairie. Ils sont révoltés. Ils ne l'ont encore jamais été à ce point. Pas d'au revoir! Cette fois-ci, c'est Marion qui a invité tout le monde. Elle habite assez loin de la mairie. On se rend donc chez elle en voiture... Pour Jean-Sébastien, c'est à moto. Certains sont venus à pied. Ils montent avec les autres. Ils rentreront avec ceux qui repassent par le bourg. Le mari de Marion les attend. Il voit leurs mines défaites. Il comprend tout de suite. Il les invite à entrer. Il ne fait plus chaud, le soir! Il se dit que l'habit de Jean-Sébastien est vraiment à la couleur de cette journée: noir. http://fr.wikipedia.org/wiki/Noir
La soirée commence silencieusement. Elle restera longtemps silencieuse. Christophe résume:
- ça, ça sent la préfecture à plein nez! Ce n'est pas Pifon ni Anquetôt ni même Clémentine ou Mathurin qui ont pu monter ça. Le fonctionnement du conseil municipal, ils n'en ont rien à faire. Ils n'ont sûrement jamais ouvert de documentation la-dessus! Ou sur autre chose. Cette idée de poser une collection de questions, ça ne vient pas d'eux. C'est un coup monté par la préfecture. Cet enchaînement structuré, c'est le travail de ces merdes de la préfectorale. Toujours prête à collaborer. Mais là, on dépasse le quatre vingt pour cent de l'occupation! Et, l'avalanche de questions, c'était sûrement légal. Dommage que tout le monde chez nous n'ait pas été capable de résister. Ils avaient prévu que quelqu'un lâcherait prise sous les cris du public. C'était forcément Aposs, ou plutôt le secrétaire général. J'ai écrit plusieurs fois au préfet. C'est toujours lui qui a répondu. Et on a vu comment il nous a dit: «Non». http://fr.wikipedia.org/wiki/Non
Et il a répété: «Non». On ne lui demandait qu'une copie du marché de la salle. Celui que Boutel a communiqué au contrôle de la légalité. C'était en quatre-vingt-douze! C'est sûrement trop tôt pour revenir la-dessus. Dans quelques années, ce sera plus facile de les faire lâcher. Il y aura eu un certain renouvellement du personnel. Et la prescription couvrira ce qu'ils cacheront moins bien. On peut toujours travailler pour l'histoire. Nous, on n'aura pas été assez forts.
- mais non! Tout est ma faute! Vous, vous avez tenu bon. On devait voter. Et les conditions étaient celles qui arrangeaient les délinquants de la mairie. On est dans les mains de leurs complices de la préfecture . Moi, j'étais ko. J’ai voulu que ça s'arrête.
En disant cela, Philippe Lepape semble en effet épuisé. Il est beaucoup plus diminué que les autres. Ils s'en inquiètent:
- non, ça ne va pas du tout. http://fr.wikipedia.org/wiki/Fatigue_(physiologie)
Les autres sursautent:
- ça fait un moment que c'est comme ça. Ça a commencé quand vous êtes allés à la préfecture. On voulait demander le dossier du marché public. Moi, je n'ai pas pu aller avec vous...
- oui, c'est vrai. Tu avais l'enterrement d'un oncle. C'était assez loin d'ici.
- eh! Bien, il s'agit de sa femme. Celle qui s'appelle Martine. C'est la sœur de Luc, mon père. Elle veut faire rouvrir la succession de sa mère. http://fr.wikipedia.org/wiki/Succession_(droit)
C'est ma grand-mère, Louise Lepape. Martine veut se faire attribuer notre maison. Mon père est furieux. Moi, je suis démoli. Depuis que j'ai entendu ça, je suis effondré. Ma femme aussi. La maison est à notre nom maintenant! On pourrait la perdre. Ma tante Martine veut nous en faire partir, avec nos enfants.
- mais elle est folle. Je n'ai jamais entendu un truc pareil!
- moi non plus!
- ni moi!
- a-t-elle des arguments? C'est énorme ce qu'elle prétend faire?
- apparemment, elle ne parle d'aucun principe de droit. Absolument aucun. Mais, mes parents ne pensent plus qu'à ça. Ils comprennent chaque jour un peu plus. Ils voient mieux ce qu'elle a dans la tête! Elle a élaboré son plan il y a longtemps. Elle a commencé avant ses vingt ans. C'est elle qui a présenté ma tante Élise à mon oncle Raymond.
Mes parents ne s'étaient pas posé de questions. Ils ne s'étaient pas interrogés sur les motivations de ma tante. Ils s'étaient dit qu'elle avait cherché à faire leur bonheur. Maintenant, ils voient les choses autrement. C'est Raymond qui devait reprendre la ferme. Celle où nous habitons. Martine la voulait déjà pour elle! C'est évident, maintenant. On comprend qu'elle a tout fait pour que Raymond épouse Élise. Elle était fille unique et héritière d'une ferme aussi importante que celle de Basseville. Raymond allait être obligé de s'installer là-bas. Comme ça, elle faisait dégager son frère!
- mais c'est machiavélique! http://fr.wikipedia.org/wiki/Machiav%C3%A9lisme
- c'est monstrueux!
- et ce n'est pas tout! reprend Philippe.
Un jour, mes parents ont commencé à sortir ensemble. Ma tante a essayé de refaire la même opération. Elle espérait que ça marcherait comme la première fois. Elle avait une copine qui était chercheur dans le nucléaire, à Paris. Une Irène. Elle était orpheline de père, comme Élise. Martine voulait que mes grands-parents invitent Irène chez eux. Ils l'ont invitée. Ni mon père, ni la copine Irène, ne se sont laissés manipuler. C'était trop lourd!
- on ne savait pas tes soucis. Je regrette vraiment. Sinon, on t'aurait dit de laisser tomber. Tu aurais pu aussi faire un pouvoir! http://fr.wikipedia.org/wiki/Contrat_de_mandat
- mais oui. Il ne fallait pas aller au bout de tes forces. Les âneries de Basseville ne méritent pas ça.
Marion sert une nouvelle fois du café, des gâteaux. La réunion post-conseil semble être achevée. Les soucis de Philippe alimentent une autre conversation.
- ne te tracasse pas trop, Philippe. Ta tante a l'air d'avoir un fameux problème de personnalité! Le mariage qu'elle a arrangé pour ton oncle Raymond a bien marché. Elle s'en fichait pas mal, c'est certain. Elle a eu de la chance. Sans doute aussi qu'elle n'avait pas mal choisi. Ta tante Élise est quelqu'un de bien. Mais déjà, tout n'a pas marché comme elle voulait. Elle aurait bien voulu recommencer avec ton père! Il a dû flairer la perversité de sa sœur. http://fr.wikipedia.org/wiki/Pervers_narcissique
Il s'est protégé en se mettant à l'écart. Il s'est posé des questions. Il n'est pas allé au bout de ce qu'il avait à découvrir. C'est dommage. Presque tout le monde élude, dans cette situation. C'est ce qui fait la force des gens comme Martine. Ils ne fonctionnent pas comme les autres. Ce sont des pervers. Maintenant, on sait mieux les reconnaître. Et puis, un testament, ça ne se casse pas comme ça. Après plusieurs dizaines d'années, on n'y touche plus.
- peut-être. Ça ne change pas notre situation de savoir ça. Il y a encore un autre chose. Nous n'arrêtons plus d'y penser. Ce n'est pas Luc, mon père, qui devait s'installer à Basseville. Depuis des années, mon oncle Raymond faisait tourner la ferme. Henri, mon grand-père Lepape, ne pouvait presque plus travailler. Il avait des problèmes cardiaques. C'était convenu que Raymond prendrait la suite. Mais il est parti. Et ce n'est pas le fait du hasard. C'est à cause de la convoitise de ma tante. En ne s'installant pas à Basseville, il réalisait la première étape du projet de sa sœur!
Alors maintenant, mon père et ma mère s'en veulent. Ils se disent que c'est eux les bénéficiaires de la manipulation. La ferme n'aurait pas dû leur revenir. Et moi aussi, je pense que je ne devrais pas être ici!
- mais vous n'êtes responsables de rien. Elle n'avait dit à personne ce qu'elle magouillait!
- non, mais ma grand-mère, Louise, a bien vu la tournure que prenaient les événements. Elle a manifesté de la haine à Raymond alors qu'il était encore enfant. C'était une dégénérée. Pour elle, seul le patrimoine comptait. Elle n'aimait déjà pas ce fils là. http://fr.wikipedia.org/wiki/Infanticide
Elle a saisi cette occasion pour le déshériter. Elle disait que Raymond n'avait besoin de rien à Basseville. Elle disait qu'il avait la ferme d'Élise. Comme si elle avait intégré le patrimoine de sa belle-fille au sien. Après la mort de son mari, elle a réparti son bien entre ses enfants. Elle est allée voir un notaire. http://fr.wikipedia.org/wiki/Notaire
Celui-ci a noté :
«Cette donation eut lieu à charge par les donataires de procéder, en présence et sous la médiation de la donatrice, au partage en quatre lots égaux, tant des biens donnés que de ceux dont ils étaient propriétaires indivis en leur sualité d’héritiers, chacun pour un/quart, de Monsieur Henri Lepape, leur père, né à Basseville sur Terre, y décédé le 8 août 1956.
En outre, cette donation eut lieu sous diverses charges et conditions de la réserve d’usufruit au profit de la donatrice pendant sa vie et jusqu’au jour de son décès.»
La sale bonne femme avait les mains libres. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tymologie_populaire#rem.C3.A8de_de_bonne_femme
Elle pouvait faire ce qu'elle voulait. Et elle bénéficiait d'avantages fiscaux! Ça a été publié le 21 avril 1959.
Mon père et ma mère étaient choqués. La décision de ma grand-mère était prise! Raymond ne devait rien avoir à Basseville.
- là, c'est difficile, en effet. Mais on est responsable de ce qu'on fait. Il n'y a pas à se culpabiliser de ce que font les autres. Vous pourriez parlez à ton oncle Raymond. Vous pourriez lui dire ce que vous avez compris. Ça lui ferait sûrement du bien. Le pire, c'est le non-dit. C'est un véritable poison. Ça ronge les gens toute leur vie.
- merci, mais ce n'est pas facile. On a compris pas mal de choses sur Martine. Elle sait en mettre plein la vue. Elle a travaillé avec un prix Nobel de chimie. Elle sait s'en vanter. Elle a une autre réalité. Moins brillante. Elle est psychotique. Pour elle, les autres sont de simples tamagotchis. On a avancé en comprenant ça. Ça ne rend pas la réalité plus facile à supporter. Dans ma famille, la réalité est insupportable. http://fr.wikipedia.org/wiki/Famille
Il y a une vraie collection de monstres. Des monstres qui sont appréciés comme des sauveurs. Ça nous rend malades. On mesure son avidité et son cynisme. Ça fait plus de cinquante ans que ça dure. Elle n'a pas changé d'objectif!
La discussion se prolonge. Philippe a manifestement besoin d'être soutenu. L'épreuve de ce soir au conseil, c'était un montage de l'administration pour imposer la délinquance à Basseville. Tous regrettent de ne pas avoir su ce qui les attendait. Et éviter au moins au plus vulnérable de devoir se farcir ça.
Aujourd'hui 10 décembre 1996. Tout juste quatre jours se sont écoulés depuis la dernière réunion de conseil. Christophe a rédigé la demande d'annulation du scrutin secret. Il s'agit de ce vote qui a abouti au refus de prendre un avocat. Il s'agit de la procédure pénale. On ne parle pas de celle sur les malfaçons. Il adresse le courrier à la préfecture. Il l'envoie en recommandé avec demande d'avis de réception. Bien entendu.
Son principal argument est clair. Le scrutin secret n'a été demandé que par une personne. Les textes stipulent qu'il aurait dû l'être par quatre. Quatre parce qu'on était onze présents! Christophe dénonce aussi la tenue de cette séance de conseil. Elle s'est déroulée dans des conditions invraisemblables. Le public hurlait. Pifon n'a jamais rien fait pour ramener le calme. À aucun moment, il ne s'est opposé à ce qui se passait. Il a au contraire manifesté la plus grande satisfaction. Il a tout fait pour aggraver la situation.
Christophe a bien joint tous les éléments. Il a mis la délibération. Il y a attaché la photocopie du compte rendu de la réunion http://fr.wikipedia.org/wiki/Compte_rendu_de_r%C3%A9union
... Le secrétaire général de la préfecture reçoit la demande d'annulation. Il a déjà refusé de communiquer le dossier du marché de la salle. Même à la P.J. Là aussi, il a dit : «non», «non».Il s'oppose, dans la pratique, à ce que la commune soit défendue au pénal. Il fait manifestement tout pour soutenir les délinquants. Comment va-t-il se comporter, cette fois? Il répond qu'il n'est pas suffisamment informé! Il ne peut pas prendre une décision sur une éventuelle nullité du scrutin. L'intuition de Christophe est confirmée. Il y a systématiquement entrave de la préfecture à l'action pénale de Basseville. Or, la préfecture est coupable d'avoir accepté les marchés illégaux. Elle se comporte en juge et partie. Les policiers ne perquisitionnent pas. Ils ont une autre stratégie. Le jour du jugement correctionnel, le tribunal administratif annulera le vote contesté. Il annulera le scrutin secret au vu des pièces transmises au secrétaire général d'Aposs. Les éléments provenant de la mairie ne sont pas réguliers. Ils ne montrent pas que le scrutin secret avait été demandé par au moins un tiers des conseillers présents.
La procédure pénale suit son cours. Elle est encore au stade de l'enquête préliminaire. Un beau matin, une nouvelle tombe sur Basseville-sur-Terre. On ne sait qui l'a dit. Le fait est néanmoins présenté comme certain. Hier, trois février 1997, Boutel a été vu entrer au commissariat. C'est le commissariat près du palais de justice. On l'a même vu arriver en voiture:
- il ne conduisait pas. Il avait un chauffeur. Il semblait malade. Il était effondré sur son siège...
- oh! Le comédien!
- il n'est pas resté longtemps, apparemment. Il venait là pour une chose bien précise. Et on a vu la petite voiture blanche des policiers.
- ah! Ah!
- et c'est tout?
- non, Boutel est reparti. Il était encore avec son chauffeur. Il avait l'air d'être à la dernière extrémité. Mais, le soir, il tondait sa pelouse en sifflant.
- ah, bon! Il ne prend pas un ou deux types de son association du Parawi pour ça? Comme il fait pour sa haie?
- en tout cas, pas hier.
Il y a à peine dix jours que les policiers ont eu leur brève entrevue avec Boutel. Quand il est passé au commissariat. Ce soir Christophe est allé chez Philippe. Il voulait lui annoncer la nouvelle. Il l'a apprise dans la journée. Il tapera un mot aux autres là dessus:
- c'est incroyable. L'enquête est terminée. On avait à peine l'impression que c'était commencé. Pifon a reçu le procès-verbal de fin d'enquête cet après-midi. Les policiers auraient fait leur enquête sans le dossier du marché public! Ça veut dire aussi qu'ils n'ont rien obtenu de la perception. En effet, ce sont les marchés tels que la mairie les a transmis à la perception qui prouvent la nature des marchés publics. C'est là qu'on voit s'il y a eu appels d'offres ou marchés négociés. Mais ça doit contenter tout le monde. Il n'y a même pas d'instruction! Apparemment, la P.J. n'a pas eu plus de chance que nous avec le préfet et son sbire. Ou bien la préfecture a payé. Elle a payé d'une façon ou d'une autre. Ça n'a pas forcément été gratuit.
- oui car, enfin, la police et le parquet avaient un gros avantage par rapport à nous. Ils avaient la possibilité de perquisitionner! Ça, si on avait pu perquisitionner la préfecture... Mais pourquoi ne l'ont-ils pas fait, au juste? http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9varication
- va savoir. Ou attend de voir. La préfecture a peut-être marchandé. L'étouffement de notre dossier a pu être mis dans le plateau d'une balance. Et, dans l'autre, il y avait des informations concernant une autre affaire. Une qui était plus chère aux policiers. Comme celle dont ils ont parlé quand ils sont venus. En juillet de l'année dernière.
- ah! Dutoit?
- pourquoi pas?
Au mois d'octobre dernier, en 1996, les policiers avaient à peine commencé l'enquête. Comme par hasard, ils sont retournés chez Dutoit. Il ne s'en vante pas. On sait qu'il est dans leur collimateur depuis plusieurs années. Ça ne m'étonnerait qu'on parle de lui un de ces jours. On pourrait apprendre qu'ils l'ont mis en examen pour abus de biens sociaux. Ils en avaient tant envie! Ils n'ont pas digéré qu'il leur échappe. Ils sont venus en juillet dernier. C'était soi-disant pour tâter l'environnement humain de l'affaire. Ils étaient assez excités. Surtout le lieutenant. Ce n'était pas notre affaire qui les intéressait. Ça, j'en suis sûr.
- alors, pour les marchés publics, on sait quand est le jugement?
- c'est le trois juin.
- crois-tu que l'expertise sera terminée d'ici là?
- ce serait étonnant, très étonnant. Ça n'a pas l'air parti dans cette voie là! Je crois que, en ce qui concerne l'expert, c'est très simple. Grease a fait un bon diagnostic à la première réunion. http://fr.wikipedia.org/wiki/Diagnostic
Il était sûr de lui. Ça lui semblait l'enfance de l'art. Sur le fond, il n'a pas dû changer d'avis. Seulement voilà! On voit toutes les magouilles qu'il y a au pénal. Comment tout aurait pu être net pour l'expertise sur les malfaçons? On peut avoir des doutes. Ce n'est pas la peine d'être paranoïaque pour ça. Ce vieux bonhomme, ils ont dû l'approcher. Après la première réunion, ils ont dû faire quelque chose. Ils l'ont pris par les sentiments. Ils ont flatté son ego. Il n'a pas dû y avoir d'argent ou autre chose avec lui. Enfin, j'imagine ça comme ça. Je pense qu'ils l'ont complètement retourné pour la deuxième réunion. C'est mon avis. Je n'ai sans aucune preuve, bien sûr.
Philippe l'interrompt:
- ça oui! Ils l'ont bien retourné. Ça ressemblait carrément à un saut de carpe, son retournement! C'est lamentable que le tribunal administratif l'ait nommé. C'est un grand vieillard. Il se vante lui-même de son âge. Il nous a dit que la vache folle, il s'en fichait. On ne voyait pas l'intérêt de cette déclaration. Il a expliqué que le prion mettait dix sept ans à tuer. Alors il s'en tape. Dans dix-sept ans, il aura cent ans! Un plus jeune serait sans doute plus responsable. Celui-là est un pantin. http://fr.wikipedia.org/wiki/Vieillissement
- c'était tellement gros! Même Pifon a compris tout de suite! En effet, pourquoi Grease a-il insisté comme ça à la deuxième réunion? La note qui a suivi est très suspecte. Il dit et écrit qu'il n'y avait rien à reprocher à Aérotoit ni à l'architecte. Il ne dit rien sur aucune des autres entreprises. Pourquoi? Il veut rendre service à au moins un des deux qu'il nomme. Il n'a pas changé d'opinion sur l'aspect technique.
- oui, et il dit que la commune n'a subi aucun préjudice. Grease n'a plus qu'à dire qu’il n'y avait pas de délit. Pourquoi se gêner?
- oh! L'approche a été bien faite. Il n'a peut être pas vu les conséquences de ce qu'il disait. Il a affirmé qu'il n'y avait pas de préjudice pour Basseville-sur-Terre. Ça intéressait Anquetôt et Boutel pour le pénal. Ça peut-il lui échapper? Je trouve ça trop gros! Il est sûrement un peu déphasé le bonhomme. Il n’est peut-être pas encore tout à fait à la masse! En tout cas, maintenant, il est incapable de conclure. Il ne veut pas se contredire. Il ne peut pas dire qu'il n’y a pas moyen de réparer la salle. Il ne veut pas non plus arrêter une solution qui serait très préjudiciable pour la commune. Ça l'empêche de préconiser les bacs (avec le fluage qui ne se fera pas). Il ne peut pas non plus retenir le bitume. Il aurait pourtant bien aimé. C'est beaucoup trop lourd. Il a dû l'admettre! Il voulait recouvrir la salle avec du bitume. Il a cherché un moyen. Il a bien essayé à trois reprises! Il a dû renoncer à chaque fois! Aura-t-il remis son rapport au tribunal administratif avant l'audience pénale? Pourra-t-il conclure dans moins de quatre mois? Ce n'est pas sûr, à ce train là.
- on ne sait toujours pas comment il va s'en sortir. Ça fait plus de quatorze mois qu'il tourne en rond! Et la commune ne sera pas représentée au tribunal correctionnel le trois juin! http://fr.wikipedia.org/wiki/Tribunal_correctionnel_(France)
Elle n'aura pas d'avocat! Elle ne sera pas partie civile! On risque de perdre des millions là dedans!
- justement, on peut quand même se constituer partie civile. Je demande à Pifon de mettre ça à l'ordre du jour. La date approche. Dutoit est mis en examen. Les policiers l'ont pris pour abus de biens sociaux. Basseville-sur-Terre l'apprend. Le journal l'annonce très peu de temps après la fin de l'enquête.
Il faut voter le budget pour 1997. Le conseil est convoqué. C'est normal, on est en mars. Et à un peu plus de deux mois de l'audience correctionnelle. On a même un peu traîné. Il n'y a plus qu'une semaine. Après, on sortirait des délais légaux. La commune fonctionne bizarrement. Son budget, en réalité, a été rejeté. Le conseil avait voté: cinq pour, cinq contre, cinq abstentions. L'égalité vaut rejet. Le maire ne pouvait pas faire valoir la prépondérance de sa voix. Le scrutin était secret. Ça fait un an que ça dure. Ça n'émeut pas la préfecture. Pour l'équipe Potteur, il n'est pas question de participer à cette réunion. Pifon leur avait caché la modification substantielle qu'il avait apportée au budget 1996. Les conseillers croyaient voter sur ce qu'il leur avait promis. En réalité, il avait supprimé le financement pour la procédure pénal. Il a fait ça en douce, avec le percepteur. Il se débrouillera sans eux cette fois. Il votera son budget comme il pourra. Mais attention, le quorum est de huit. Il y a quinze conseillers. La majorité absolue est de huit. Ils ont intérêt à être tous là. Sinon, ils reviendront!
Est-ce le fait du hasard? C'est bientôt l'heure de la réunion. Dutoit se trouve au café en face de la mairie. Sûrement le fait du hasard. Il voit bien Clémentine arriver. Elle a son sac de supermarché à la main. Pifon arrive tout de suite sur ses talons. Archibald Mathurin arrive. Julien Lardoise est avec lui. Bien dix minutes plus tard, c'est le tour du petit groupe des habituels inséparables. On voit Charline Brack (vingt-neuf ans), Séverine Boutant (trente-huit) et Edwin Blanc (vingt-quatre). Enfin, voilà le percepteur. Il sort de sa grosse berline. Il prend le chemin de la mairie. Il a son attaché à la main. Il monte les marches. Il tourne ensuite à gauche là haut. Il disparaît. On ne le voit plus. Il doit être dans la salle du conseil. Rien ne bouge. Anquetôt est bien absent. Ça, c'est certain. Il a sûrement fait un pouvoir à Clémentine. Ça ne change rien pour le quorum. Ça ne suffit pas. Pour le quorum, il faut être là. Dutoit sait qu'ils ne sont que sept! Pour ça, il n'a pas besoin d'y être. http://fr.wikipedia.org/wiki/Quorum
Toujours rien.
Si! Ça commence à ressortir! Tous, les uns après les autres. C'est un petit défilé... jusqu'à Clémentine! Elle a tout de même attendu que le dernier soit sorti! Espérons que la bouffe d'aujourd'hui se gardera quelques jours. Le percepteur regagne sa berline. Il regarde ses pieds. Il faisait sûrement déjà comme ça en arrivant. Dutoit devait y être moins sensible. C'est tout!
Il a fallu reporter pour raison de quorum non atteint. Le lendemain de la réunion, c'est le 24 mars, il y a du nouveau! Tous les conseillers ont trouvé une nouvelle convocation dans leur boîte. C'est toujours pour voter le budget. Ce sera le 29, cette fois. L'ordre du jour est inchangé. Chez Dutoit, personne ne souhaite participer. Anquetôt peut y aller ou pas. Ils peuvent être deux présents si ça leur chante. Ça suffirait pour pouvoir faire passer le budget. L'équipe de Pifon fait ce qu'elle veut. Et le budget passe. Le percepteur n'est pas venu pour rien cette fois-ci!
Grease est aux abois. Il cherche désespérément à repasser sa responsabilité à d'autres. Il s'est mis lui-même dans cette situation. Il a qualifié de petits problèmes les infiltrations dans la salle polyvalente. Pour lui, dans le fond, ça ne cachait rien de grave. Il est complètement incapable de se sortir de ses mensonges. Les entreprises fautives appréciaient sa compréhension. Il ne voyait que ça. Christophe lit la note de Grease. Il se demande s'il comprend bien. Grease convoque une réunion chez lui. Elle est fixée au «15 avril 1997». Ce sera la douzième! Dans sa note, il donne des précisions. Il demande un service aux entreprises. Elles doivent lui dire la cause des désordres qui affligent la salle.
- mais c'est qui l'expert!
Ce n'est pas tout. Grease a bien pris ses précautions. Seules les entreprises pourront être présentes ce jour-là. «Si un représentant de la commune se présente, j'annule tout!» La présence de la victime est gênante. Qu'a-t-il a cacher aux conseillers? Du moins à ceux qui ne sont pas liés aux entreprises responsables et coupables?
La réunion se tient en comité restreint.
Que s'y est-il dit? Que tout le monde a bien travaillé? On ne le saura pas.
Christophe Potteur a boycotté les réunions de budget cette année. C'est pour une bonne raison. C'est le signe de sa désapprobation. Il dénonce la ruse à laquelle Pifon et le percepteur s'étaient livrés. Ça remonte à l'année dernière pour faire passer leur budget. Aujourd'hui, il insiste bien auprès de Pifon. La commune doit se constituer partie civile. http://fr.wikipedia.org/wiki/Partie_civile_en_France
Il doit mettre ce sujet à l'ordre du jour.
- on n'a pas réussi à voter pour la plainte, d'accord! Tu as réussi ton mauvais coup. Tu avais ta bande et tes potes-collabos de la préfecture. On devait prendre un avocat pour le pénal. Tu nous a empêchés de délibérer valablement. D'accord! Mais tout ça n'empêche pas que, maintenant, on peut se constituer partie civile!
Pifon accepte. On est le 9 mai 1997. Il promet de convoquer une réunion de conseil. Ce sera le quinze. Et il le fait. Il n'y aura pas d'autre sujet. On abordera éventuellement des questions diverses. Il n'y a rien d'urgent tout de suite à Basseville-sur-Terre.
Le quinze mai, les treize conseillers non concernés se réunissent à l'heure convenue:
- bon tout le monde est arrivé. Je déclare la séance ouverte.
Clémentine Fachaud demande la parole:
- mais oui, Clémentine, vas-y.
- voilà! J'ai appliqué notre vote. J'ai apporté de la nourriture à cuire pour les pauvres. Cette fois, c'est des pâtes. Je connais une famille dans le besoin. Je lui porterai les pâtes bien cuites. Je ferai ça aussitôt après la séance.
Clémentine se lève. Elle s'approche de l'évier. C'est à dire tout près de la porte. Elle tient son sac de supermarché. Elle en sort la casserole banale. Elle y jette un peu de sel. Elle la remplit d'eau. Elle allume le gaz. Place la casserole dessus. Elle attend que l'eau bouille. Ça prend trois minutes. Elle y plonge alors les pâtes. Il n'y a rien eu à éplucher cette fois. Rien à couper en petits morceaux. Sinon elle aurait fait tout ça chez elle. Avant la séance. Quelle délicatesse, nous eussions contemplée! C'eut été admirable. Le travail est achevé. Le public la suit des yeux, ébahi. Majestueusement, elle regagne sa place:
- ça y est, Lucien. Je te remercie. C'est à toi.
Pifon constate que le quorum est atteint:
- qui veut être secrétaire de séance? Toi, Edwin? Merci, merci beaucoup!
- aujourd'hui, on est réunis à la demande de Christophe. Il veut qu'on vote sur une constitution de partie civile. Vous êtes au courant. Vous êtes bien informés. Les policiers ont terminé leur enquête. Ils ont remis leur procès verbal de fin d'enquête. C'était le 12 février. L'affaire va passer en jugement le 3 juin. Qui est pour la constitution de partie civile?
Sept mains se lèvent.
- pas toi, Christophe. Tu as déposé la plainte. Le requérant ne peut pas participer au vote!
- comment ça? Requérant! Ce n'est pas ton niveau de langage, ça! Ça sort d'où, encore? Oh, et puis ne me dis pas! Mais je sais que je n'ai pas porté plainte. Je savais qu'il valait mieux éviter ça. Je suis retourné au Parquet le deux avril. Là, j'ai vu le procureur. Il m'a assuré que je n'avais pas déposé de plainte. Il n'a pas voulu me rendre le dossier. Je voulais faire rédiger la lettre autrement. Il n'a pas voulu. Il m'a dit qu'il y avait des choses graves. Que plusieurs personnes étaient impliquées. Il a cité Monsieur et Madame Anquetôt. Mais je ne risquais rien. Il me l'a assuré. Je serai considéré comme témoin! http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9moin
Ce sont ses paroles. Je n'ai pas déposé plainte. Le procureur en personne me l'a dit. Je le répète. Je suis bien placé pour savoir!
- le requérant ne peut pas participer à la délibération. C'est comme ça.
Jean-Sébastien conteste violemment, lui aussi:
- Christophe n'a pas déposé de plainte!
La culture juridique de Pifon est soudaine. Jean-Sébastien s'en étonne. Ça change de : «j'vais riper mes galoches». Aucun effet. Le vote est enregistré sans tenir compte des protestations!
- six pour, six contre. Et ma voix compte double. C'est comme ça, pisque j'sis l’maire!
Christophe conteste le résultat.
- la séance est levée, enchaîne Pifon. Il se lève et part.
Clémentine se précipite pour ajouter:
- et moi, avant que les gens sortent, je termine, pour ce soir, l'action solidaire du conseil municipal. Je vais égoutter la cuisine pour les pauvres. La séance ne sera vraiment terminée que quand j'aurai fait ça.
Puis, la petite casserole de pâtes pour les pauvres à la main, elle attend que le dernier soit sorti dans le couloir puis dehors pour fermer la lumière, l’eau des toilettes et la porte à clef.
Le réveil des conseillers majoritaires sur les questions de la salle a été pénible. Depuis hier, tout semble joué. Une nouvelle convocation arrive. C'est pour une nouvelle réunion. Le nouvel ordre du jour indique: «constitution de partie civile». La date de cette réunion: le vingt et un.
Le vingt et un arrive assez rapidement. l'heure de la réunion aussi. Les conseillers entrent. Ils sont passablement désabusés. Du côté de Dutoit, bien sûr. Mais attendons!
Et en attendant, tous prennent place autour de la table du conseil.
- bon! Tout le monde est arrivé. Je déclare la séance ouverte.
Clémentine Fachaud demande la parole:
- mais oui, Clémentine, vas-y.
- voilà! J'ai appliqué notre vote. J'ai apporté de la nourriture à cuire pour les pauvres. Cette fois, c'est des œufs. Je connais une famille dans le besoin. Je lui porterai les œufs bien cuits. Je ferai ça aussitôt après la séance.
Clémentine se lève. Elle s'approche de l'évier. C'est à dire tout près de la porte. Elle tient son sac de supermarché. Elle en sort la casserole communautaire. Elle y jette un peu de sel. Elle la remplit d'eau. Elle allume le gaz. Place la casserole dessus. Elle attend que l'eau bouille. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89bullition
Ça prend trois minutes. Elle y plonge alors les œufs. Il n'y a rien eu à éplucher cette fois. Rien à couper en petits morceaux. Sinon elle aurait fait tout ça chez elle. Avant la séance. Quelle délicatesse! c'eut été indicible. Malgré l'absence du moindre public, majestueusement, elle regagne sa place:
- ça y est, Lucien. Je te remercie. C'est à toi.
- le quorum est atteint. Un ou une volontaire pour faire le secrétariat de séance?
Ce sera Clémentine. La garde-chiourme est décidément une femme très active. Comment peut-elle tenir. À ce rythme là! Elle se le demande elle-même.
- merci, Clémentine, merci!
Christophe demande d'entrée:
- pouvez-vous expliquer ce que signifie cette deuxième convocation? On s'est réunis il y a quelques jours pour la constitution de partie civile! Nous avons déjà voté là-dessus. La délibération n'a pas été annulée. Dîtes moi si je me trompe.
- oui, mais tu n'étais pas d'accord. Tu as dit que tu n'as pas déposé de plainte. C'est ce que t'a dit le procureur. C'est quand tu es allé porter le dossier au tribunal. Tu l'as fait le vingt-neuf mars 1996.
- qui vous informe, vous? Je ne vous ai jamais fait de confidences!
- bon! On te dit que t'es pas requérant. Ça te va? T'es content? Sinon, faut le dire! Bon, suffit! On vote! Sauf ceux que ça dérange de voter, bien sûr!
Sept mains se lèvent. La proposition est acceptée! Et la séance est levée!
Clémentine se précipite pour ajouter :
- et moi, avant que les gens sortent, je termine, pour ce soir, l'action solidaire du conseil municipal. Je vais égoutter la cuisine pour les pauvres. La séance ne sera vraiment terminée que quand j'aurai fait ça.
Puis, la petite casserole d'œufs pour les pauvres à la main, elle attend que le dernier soit sorti dans le couloir puis dehors pour fermer la lumière, l’eau des toilettes et la porte à clef.
L'expertise sur les malfaçons de la toiture de la salle polyvalente doit faire l'objet d'un rapport. C'est à Grease, l'expert judiciaire de le remettre au tribunal administratif. Avant, il faut le rédiger. Ça, ça pose problème. Il faut pourtant qu'il soit remis avant l'audience pénale. Christophe pense que ça va être difficile. Cette crainte est très vraisemblablement partagée. Du côté de la préfectorale en particulier. Par la magistrature locale également. Supposons que la justice pénale commence par affirmer que Basseville-sur-Terre n'a subi aucun préjudice. http://fr.wikipedia.org/wiki/Dommage_(droit)
Supposons que, ensuite, Grease dise qu'il y a préjudice pour la commune. C'est vrai, il a déjà écrit dans une note que la commune n'avait subi aucun préjudice. Mais soyons prudents. Il n'a pas de solution de rechange. Le bitume, ça ne marche pas. C'est trop lourd. Si on a beaucoup de neige: plouf! L'expert peut reconnaître que, finalement, la salle est bonne à démolir. Ça aussi, il l'a déjà fait comprendre. S'il fait ça, il établit qu'il y a préjudice pour Basseville. Excusez du peu. Une salle à plus de cinq cent mille euros! Tout de même! Là, ils sont mal. Ils sont même morts. Il faut verrouiller ce truc là. Grease doit remettre son rapport d'expertise. Il doit le remettre avant l'audience pénale. Y aurait-il situation plus inconfortable que celle où le tribunal correctionnel relaxerait. Où il affirmerait qu'il n'y a pas de préjudice. Et, dans la foulée, il serait démenti par le tribunal administratif... qui viendrait établir le contraire!
Le rapport final est déposé depuis le 25 mai. C'est la conclusion de l'expertise judiciaire. C'est tout récent. Ce n'est qu'une demi surprise. L'analyse était bonne.
Le contenu du rapport ne surprend pas Christophe. Il y retrouve, en gros, ce qui a été dit à la deuxième réunion d'expertise. C'était il y a nettement plus d'un an maintenant. C'est ainsi qu'il lit à nouveau que «tout le monde a bien travaillé, que les normes et les DTU ont été respectés, qu’il n'y a aucun reproche à faire à Anquetôt ni à l'architecte et que Basseville-sur-Terre n’a subi aucun préjudice». Le salaud.
Et que propose-t-il pour réparer? Eh bien! On commence par renforcer la charpente. L'expert préconise ensuite un recouvrement en bacs acier. Les nouveaux auront une hauteur d'onde de trois centimètres et demi. Actuellement, ils n'en font que deux et demi. Il faudra aussi prévoir une plus grande longueur de recouvrement et des boudins d'étanchéité. Christophe a bien compris une chose. C'est que Grease était persuadé que cette solution ne pouvait pas marcher. Il a expliqué ça en bon pédagogue. Le fluage ne se fera pas! http://fr.wikipedia.org/wiki/Fluage
C'est à dire que les bacs (les tôles si on préfère) avec une hauteur d'onde encore plus grande auront encore plus de mal à prendre la forme qu'on essayera de leur donner. En effet, il faudra les cintrer sur place. Ça se fera obligatoirement par croquage à froid. Or il faut cintrer les bacs pour qu'ils épousent la courbure de la charpente. Dans ces conditions de cintrage à froid, les bacs reviendront plus ou moins à leur horizontalité d'origine. Ils se soulèveront à chaque bout. Les boudins ne serviront alors pas à grand chose! Grease a donc choisi de laisser tomber la solution bitume. Elle présente encore plus d'inconvénients que les bacs acier.
Christophe n'a pas oublié. L'expert, lui, a toujours refusé de vérifier la structure. Il avait pourtant mis en cause ces bardages verticaux. Ces murs au-dessus de la base en béton bougent sous le vent. http://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9ton
Ils font bouger la charpente sur laquelle ils s'appuient, en haut. La vérification de la charpente a déjà été riche d'enseignements. Celle de la structure l'aurait été au moins autant. Grease agit contre sa conviction, contre sa conscience. De ce côté là aussi, on risque d'avoir de mauvaises surprises!
Christophe continue à lire le rapport de l'expert. Il bondit quand il arrive au passage suivant. L'expert s'arroge le mérite d'avoir décidé tout seul, spontanément, de faire vérifier la charpente:
- ah! Le tordu!
Jusqu’ici il prenait Grease pour un type droit! Il le voyait presque aux antipodes de Pifon. Et ce truand explique qu'après la deuxième réunion , il a décidé de procéder à cette vérification! Ça lui est apparu comme une nécessité! C'est çà! Maître Haro ne lui a pas adressé un dire, fin mai de l'année dernière. Il ne lui a pas ordonné de faire vérifier la charpente et la structure! Une belle ordure, celui-la aussi.
Mais Christophe se met à rire. Ce dire de maître Haro, Grease en a fait état. Il en parle dans ses notes pendant plusieurs mois. Il en fait précisément état. À un moment, il énumère les pièces qu'il s'engage à annexer à son rapport final. C'est à ce paragraphe qu'on trouve mention de ce dire. Et puis, un beau jour, il n'en a plus été question!C'est là que la décision de censurer le dire de Maître Haro a été prise! Ça permet de déterminer à peu près la date où Grease a choisi le mensonge. Et sans doute aussi la date où a été prise la décision de ne pas vérifier la structure. Ça tourne à la dissimulation de preuves! http://fr.wikipedia.org/wiki/Preuve
Christophe décide de taper une nouvelle note. Ses collègues de l'opposition doivent être informés. Il leur fait part de ce qui l'a le plus marqué dans le rapport de Grease. Il leur annonce qu'il va tenter de demander une contre-expertise pour la salle. Puis il rappelle à ses collègues la date de l'audience pénale. C'est dans deux jours. Ce serait bien d'y aller, dans la mesure du possible. Il faut voir si Pifon applique bien la délibération. On doit s'assurer qu'il tient compte du courrier qu'ils ont tous signé. Ils lui détaillent ce qu'ils veulent qu'il dise. Il doit d'abord demander un report. Il faut attendre que la délibération au scrutin secret soit annulée par le tribunal administratif. Il faut aussi demander que le tribunal leur laisse ensuite du temps. Ils devront alors prendre un avocat. Là, ils constitueront le dossier avec lui. Ça aussi, ça prend du temps. Il se peut que le tribunal refuse ce report. Dans ce cas, ils demandent à Pifon de réclamer telle somme contre tel et tel des prévenus. Il faut compenser, au moins partiellement, le préjudice subi.
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