La Gaule de Charles, chapitre 3
L'année 1994 continue à se dérouler. Elle n'est marquée par aucun événement particulier. Rien qui mériterait d'être rapporté. Il n'y a que la routine. Chacun est égal à lui-même.
Certaines installations peuvent mettre en cause la sécurité du public. Dieu sait si c'est le cas de «l'œuvre de solidarité avec les populations souffrantes d'Afrique». Elle doit subir annuellement un contrôle technique. http://fr.wikipedia.org/wiki/Contr%C3%B4le_technique_de_la_construction
Ceci est sans aucun lien avec l'événement du 10 janvier dernier. C'est clair dans l'esprit de tout le monde. D'ailleurs pour ainsi dire personne n'en a parlé. Il y a juste eu un bref article dans la rubrique des faits divers. C'est bête. On manque déjà de médecins...
C'est le Cabinet «Mathurin Sécurité Consultants» que la majorité municipale a choisi. Le premier contrôle technique est terminé. Elle fera l'objet d'un rapport. Aujourd'hui, 15 septembre 1994, monsieur Mathurin le remet. Il n'exige aucune intervention particulière. Tout fonctionne. La mécanique donne entière satisfaction. http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9canique_(industrie)
L'électronique est en parfait état. L'électronique embarquée sur la tondeuse à gazon passe les tests sans problème. Le maire y veille particulièrement. Le cantonnier ne doit pas tomber dans l'œuvre. Il n'y a pas d'antécédent à ce genre d'accident sur les «œuvres» en fonction en France. Tout montre que le maire ne devrait pas avoir d'ennuis.
L'automne passe. L'hiver est assez dur.
Côté Nature, la pousse de l'herbe s'est arrêtée. La tondeuse à gazon est restée inactive quelques mois. Avec le printemps, cela change. Toutes les semaines, le cantonnier tond les abords enherbés de la salle polyvalente. http://fr.wikipedia.org/wiki/Pelouse
Le travail est fait soigneusement. Le mois de mai a été chaud et assez pluvieux.
Le cantonnier est au travail très régulièrement. Il doit maintenir ce fameux gazon à bonne hauteur. L'herbe artificielle qui recouvre l'œuvre a une hauteur précise. Il faut maintenir l'herbe naturelle exactement à ce niveau. Il ne faut pas trahir l'œuvre. Ni l'artiste. Ça coûterait cher.
Côté Politique, les nouvelles municipales approchent. On ne s'occupe pas vraiment de les préparer. Voilà bientôt trois ans que les marchés ont été signés. Tout ça a été mené dans le plus grand mépris de la loi. Personne, ni à Basseville-sur-Terre, ni à la préfecture, ni ailleurs, n'a contesté officiellement. Maintenant les élus coupables savourent la victoire. http://fr.wikipedia.org/wiki/Victoire_(homonymie)
On est bons. Ils en sont persuadés. Oh! bien sûr, on a perdu pas mal de partisans. Il y a ceux qui sont morts dans l'accident. Il y a ceux qui ont tourné le dos à Boutel. Comme s'il était responsable... C'est surtout les malfaçons de la salle qui déplaisent. Les infiltrations torrentielles ont obligé à interrompre plus d'un banquet depuis l'inauguration. On a même dû interrompre celui de la dernière Saint-Sylvestre. Bien sûr aussi, les élections ne sont pas gagnées d'avance. On ne pourra pas refaire le coup de l'urne! Mais leur nouveau Pifon a l'air prêt à la négociation. Il est plus souple que l'ancien. Dutoit et Lepape ont trouvé des nouveaux pour mettre sur leur liste. Pifon se plaint de leur intransigeance. On l'a entendu plus d'une fois maugréer contre eux. Ces nouveaux, c'est parfois lui, le nouveau Pifon, qui est allé les chercher. Il est allé chez eux. Il a fait ça en gage de bonne volonté envers Dutoit. Alors il a pu se faire une opinion. Il sait ce qui l'attend si tel ou tel passe! Va falloir voir de ce côté là. Boutel médite! Il faut se rallier le nouveau Pifon. Ce serait une opération géniale.
Mais ce n'est pas la question du jour. On ne s'en préoccupe pas aujourd'hui. Aujourd'hui, Anquetôt, Mathurin et l'ensemble du groupe ont réservé la salle. Ils vont faire une nouba. On devrait être une nouvelle fois plus de deux cents.
Il y avait bien les restrictions au permis de construire. Celles des services vétérinaires. Des banquets, on en a tenu plus d'un. Presque à chaque fois, il y avait plus de six fois les quatre-vingts personnes autorisées. On a utilisé la cuisine de la salle pour tout préparer. On y a aussi fait toute la vaisselle... La vaisselle, on l'a achetée pour des centaines de convives. Il ferait bon expliquer à la population qu'on ne peut pas faire de repas pour plus de quatre-vingts personnes. Et maximum deux fois par mois! Les finances de la commune se renouvellent lentement. La construction de la salle des fêtes les a saignées à blanc. Tant de monde en voulait une pour les vins d'honneur du onze novembre. Il en fallait une aussi pour les banquets des associations, ceux des mariages... Les restrictions du permis de construire, on s'en tape. On les a pulvérisées. Toutes les associations ou presque y ont fait leurs banquets. À chaque fois, il y avait au moins trois cents personnes. C'est même allé plus loin. Plusieurs fois, on a atteint des records. Dont une fois à cinq cent cinquante personnes. C'était pour la Caisse des Écoles! http://fr.wikipedia.org/wiki/Caisse_des_%C3%A9coles
Alors, pas plus de quatre-vingts!
Ah! Vraiment, on a fait tout ce qu'on voulait. Le marché public, la préfecture a dit OK. Les banquets, les services vétérinaires n'ont pas tout vu. Sur toute la ligne, il y a un droit local à Basseville. C'est le nôtre. La fonction publique régalienne nous encourage. Et maintenant, plus que quatre mois pour la prescription : on va fêter ça! Car on sait compter: la prescription des délits, c'est trois ans et 25 septembre 1992 plus trois ans, ça fait 25 septembre 1995, c'est à dire presque demain! Il ne vient à l'esprit de personne que les règles de la prescription pourraient comporter quelques subtilités susceptibles de leur échapper. Et puis, ne pétochons pas. Il y a peu de risques que de nouveaux conseillers fouillent les placards. Encore moins qu'il y trouvent ce cadavre... http://fr.wikipedia.org/wiki/Prescription_en_droit_fran%C3%A7ais
Et quelle est la raison officielle de la nouba? Ce n'est pas la prescription. On doit arroser tout d'abord un événement. Boutel a bien insisté. C'est surtout pour ça qu'il est venu. C'est le départ de la belle dame. Elle prend sa retraite. La surprise est grande. On pensait qu'elle ferait bien encore dix ou vingt ans:
- On ne lui aurait pas donné cet âge là!
- On la regrettera. Ce ne sera sûrement pas facile d'en retrouver une autre comme ça!
Les tables ont été disposées en épi. Elles occupent une bonne moitié de la salle. On ne met pas de nappes. On aurait pu faire un effort pour la belle dame, non? Mais ce n'est pas une noce. C'est une nouba. On va se rattraper côté boisson et côté musique. Là par contre, tout est prévu. La sono est installée. Elle occupe l'autre partie de la salle. Elle a été longuement testée dans l'après-midi. http://fr.wikipedia.org/wiki/Sonorisation
Les premiers fêtards sont entrés. La salle se remplit. Et ça continue à arriver. La musique commence. On fera tout en même temps. On dansera. On mangera. On boira. Après, on débarrassera les tables. On enlèvera la vaisselle et les cadavres. Les cadavres, c'est les bouteilles vides. Ensuite, on dansera sur les tables. C'est pour ça qu'il valait mieux ne pas mettre de nappes:
- Question de sécurité, commente Mathurin,
- Et ça bloque moins que le sol en caoutchouc, conclut Clémentine.
La nouba du groupe Anquetôt a fait grand bruit dans Basseville. Certains applaudissent. Fêter le départ en retraite de la belle dame. Fêter la prochaine prescription des délits commis lors du marché public de la salle polyvalente. Tout ça en même temps. C'est fort. Chez d'autres, au contraire, le mécontentement monte:
- ces gens là ont vraiment tous les culots!
Il n'est pas sûr que Boutel repasse cette fois-ci. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection_municipale/communale
Il ferait bien de faire un peu attention. Depuis longtemps, son élection comme conseiller se joue à un fil. Les morts de l'inauguration sont toujours dans les esprits. Tout le monde ne les attribue pas à pas de chance!
La télévision, la radio, les journaux se font le relais de la campagne nationale. Toute la journée, il est question des municipales. Ici, on commence à peine à y penser. Chaque camp, épie l'adversaire. Surtout celui de Dutoit. Les truands de Boutel ne doutent de rien.
L'équipe Boutel se lance la première. C'était prévu. Il est vrai qu'elle est prête. Elle a une liste complète à présenter. Tous les sortants se représentent. Parmi les nouveaux, un employé communal. Il y en a donc sept sur la liste. Il y a aussi le fameux Archibald Mathurin. Tout Basseville-sur-Terre le connaît depuis longtemps. Et on découvre deux jeunes. Ils sont arrivés depuis peu dans la commune. Il s'agit de Charline Brack et d'Edwin Blanc.
Le programme de Boutel est sans surprise. Il porte sur l'emploi http://fr.wikipedia.org/wiki/Emploi
et le social. http://fr.wikipedia.org/wiki/Social
Ce discours passe toujours bien. Ces mots sont magiques. Il suffit de les prononcer. Ça marche toujours. On peut ne rien faire dans ces domaines. Les électeurs vous demandent seulement des promesses. Ils raffolent des paroles d'auto-satisfaction des élus. Une curiosité somme toute fort limitée suffirait. Elle permettrait de constater la carence de l'action municipale. Récemment, Basseville-sur-Terre a budgété plus de trois millions de francs. On parle bien sûr de la salle. Celle-ci est essentiellement vouée au tennis. On n'est pas dans une priorité absolue. Il y a des gens qui ne se chauffent pas. Qui mangent principalement des pâtes. Vous ne le croirez peut-être pas. Le même budget municipal dotait aussi le CCAS, le centre communal d'action sociale. Il lui accordait royalement deux mille francs. Et il faut voir. Ces deux mille francs ont été utilisés à financer la galette des rois du club des vieux. http://fr.wikipedia.org/wiki/Galette_des_Rois
Le discours doit être convaincant. C'est tout ce qui compte. Et ça, Boutel sait y faire. Sa petite larme arrive toujours avec tant d'à propos!
Il faut aussi innover. Pour ça, les propositions ne manquent pas. Il faut créer un centre commercial. On le mettra en face de la salle polyvalente.
Côté Dutoit, le thème de campagne est trouvé. Il n'y a eu qu’à se baisser pour le ramasser! Il sera surtout question de la gestion catastrophique de la commune. On rappellera les infiltrations dans la salle polyvalente. Et on insistera. Un responsable d'Aérotoit a essayé de colmater. Rien n'y a fait. On n'a toujours pas la moindre solution. La aussi, que des promesses. Que des belles paroles.
On parlera aussi des dépenses démesurées. On sera pédagogue sur les investissements stupides. http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9dagogie
Cette œuvre, tout le monde y pense. Sauf chez Boutel. Elle tue. Personne n'intervient. Il faut protéger la population! Le premier travail de la liste est arrêté. Il faut bien sûr qu'elle soit majoritaire. On fera immédiatement boucher la fosse! Ensuite, il y a ce projet de centre commercial. Pas question de le soutenir. Basseville-sur-Terre a encore quelques commerçants. On ne leur créera pas de concurrence. Ce n'est pas le rôle de la municipalité. Ils ont peut-être envie de changer d'emplacement. Ils sont assez grands pour prendre la décision eux-mêmes. Bien sûrs, ils peuvent avoir besoin d’aide. On verra s'ils en demandent. A ce moment là, on pourra voir à intervenir. Mais on ne s'ingérera pas dans ce domaine là. Pas question.
La nouvelle équipe Dutoit rédige sa profession de foi. http://fr.wikipedia.org/wiki/Profession_de_foi
Elle la rédige avec conviction. Boutel a utilisé son mandat avec mépris. Les critiques là dessus devraient faire mal aux adversaires. Il y a malgré tout une faiblesse chez Dutoit. Seulement neuf nouveaux sont venus les rejoindre. Ils n'ont pas réussi à présenter une liste complète. Qu'à cela ne tienne. On prétextera qu'on a voulu inciter les électeurs à trouver des noms eux-mêmes. C'est pour ça qu'on a laissé deux lignes!
Les candidats des deux listes sortent peu à peu de leur réserve. En tout temps, il faut échanger des idées. Le principal lieu, pour ça, c'est le café. De là, les nouvelles se propagent vite. Elles arrivent jusqu'aux villages les plus reculés. La campagne pour les municipales n'échappe pas à la règle. Les esprits sont plutôt échauffés cette fois. Quelques débordements sont à déplorer. Le moindre étant celui dont le deuxième Pifon a été victime. Il travaillait dur à faire son foin. Il avait posé sa veste sur la barrière du champ. Il est revenu plus tard. Il l'a trouvée retournée.
Et ce n'est pas lui qui a fait circuler la nouvelle. Les deux qui ont fait le coup repensaient à la tête de Pifon. Ils en rient encore. Lui, il a vite surmonté l'affront. Sa réputation était faite avant. Ça ne l'a guère touché.
Le jour du premier tour arrive enfin. La salle de la mairie a été préparée comme d'habitude. Tout est prêt pour le scrutin. Il y a un effectif normal pour tenir le bureau. La journée se déroule sans incident notable.
Les deux listes ont fait le même calcul. Il y a 842 inscrits à Basseville-sur-Terre. Pour être élu au premier tour, il faut recueillir au moins la moitié des suffrages exprimés. http://fr.wikipedia.org/wiki/Vote_%C3%A0_la_majorit%C3%A9
La journée passe lentement. Les heures creuses sont les plus nombreuses.
Les opérations de vote sont achevées. Il faut maintenant passer au dépouillement. http://fr.wikipedia.org/wiki/Vote#Le_d.C3.A9pouillement
Quelques enquiquineurs sont là. Ils ne sont ni élus ni candidats. Ils exigent qu'on procède de telle et telle façon. Ils se font finalement envoyer coucher. L'urne est restée sans discontinuer dans la salle. Elle est vidée. Les enveloppes se répandent sur la table. On les distribue alors en autant de tas qu'il y a de tables de dépouillement. On peut commencer. A chaque table, les enveloppes sont ouvertes. On en retire le bulletin. Les noms figurant sur les bulletins sont lus. Quatre ou cinq volontaires cherchent le nom qui vient d'être crié. Chacun est responsable de la feuille qu'il a reçue. Alors, on comptabilise la nouvelle voix. On trace un bâton en face du nom correspondant sur la liste. Celle-ci se remplit petit à petit.
Il ne doit pas y avoir d'écart. De temps en temps, on vérifie ensemble. Boutel connaît la musique par cœur. Plus le temps passe, plus il réalise. La situation se présente vraiment mal pour lui.
Christophe vient d'arriver à la mairie. Il a passé la journée au bord de la mer. Le résultat du scrutin ne le passionne pas. Il s'est présenté avec Dutoit. Malgré cela, il était prêt à se présenter sur sa liste. Boutel le sait. Alors, tous les deux se disent bonjour. Et Boutel ajoute tout de suite:
- Moi je suis battu. Toi tu es élu. Promets moi que tu voteras pour moi au conseil! http://fr.wikipedia.org/wiki/Trafic_d'influence
Christophe ne croit pas que Boutel est battu. Il ne croit pas plus à son élection à lui. Ce mandat, il n'en a rien à faire. Il se demande ce qu'il en ferait. Une chose est sûre. Il ne promet rien à Boutel. Cette succession là serait à recueillir sous réserve d'inventaire. Il le sait!
Finalement, les résultats sont proclamés.
- Il y a 762 suffrages exprimés. Pour être élu, il fallait donc obtenir au moins 382 voix. Sont élus au premier tour:
Potteur Christophe: 522 voix, Lepape Philippe: 521 voix, Billard Jean-Sébastien: 518 voix, Deval Michel: 515 voix, Dutoit Pierre: 460 voix, Pifon Lucien: 425 voix... Il reste donc neuf sièges à pourvoir au second tour. Tous les anciens de la liste Dutoit sont élus dès le premier tour ainsi que Christophe Potteur, 24 ans et Jean-Sébastien Billard, même âge.
C'est leur première élection. Christophe et Jean-Sébastien font des scores plus qu'honorables! Aucun élu sur la lite Boutel.
Boutel lui-même retient l'attention. Il n'est pas du tout sûr de repasser. Cette idée n'effleure encore personne à la préfecture. La situation est tout à fait inédite. La liste de l'opposition a très bien marché. Boutel a connu une défaite comme jamais! Le désaveu qu'il subit est cinglant. La nouba est bel et bien oubliée. Il faut éviter la catastrophe qui se profile. Elle livrerait la mairie à l'adversaire! Il aurait les dossiers à sa disposition. L'équipe Boutel représente encore la majorité. Elle fourbit ses armes. Les jours sont comptés pour éviter la débâcle. http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9b%C3%A2cle
Il faut battre la campagne. Faire du porte à porte est vital. On accepte tous les volontaires. Tous les arguments sont passés en revue. On doit convaincre les indécis.
Chez Dutoit, on a six élus dès le premier tour. La victoire est sans précédent. Elle est aussi inespérée. Elle a dopé les déjà-élus, les toujours-candidats et les partisans. Ça tourne à l'euphorie. On ne fêtera que modérément. On attend la confirmation. Le deuxième tour doit confirmer le premier. Ça se passe comme ça généralement. C'est trop tôt pour raccrocher! Il y a encore du travail. On se creuse la tête. La liste du deuxième tour doit présenter neuf candidats. On a bien vu au premier tour. Les gens ont souvent complété les deux lignes du bas. Ils ont pris des noms sur la liste adverse. On a vu ça sur pas mal de bulletins. Il manque deux candidats. Cette fois-ci, on les cherche.
Denis Auvert est tout juste âgé de quarante ans. Il ne serait pas hostile. On aurait dû insister un peu plus pour le premier tour. Il serait venu. On va le chercher. Il vient tout de suite. Il est enthousiaste. La réunion avec les treize autres est commencée. Il s'y intègre tout de suite. C'est lui qui suggère le nom de Marion Dulac. Elle a tout juste vingt-deux ans. Il lui parle de temps en temps. Il sait qu'elle est tout à fait dans leurs idées. Mais, ce soir elle n'est pas chez elle. On la contactera demain. Pour le moment, on passe à l'étape suivante. On commence à préparer les bulletins. On rédige la profession de foi du deuxième tour. Il faut compter le délai pour l'imprimerie. Ensuite, on prépare les enveloppes électorales. On utilise la liste de la mairie. Ensuite, on dépose le tout à la Poste. http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Poste_(France)
Le scrutin a lieu le vingt-cinq. Il faut avoir complètement terminé quatre jours avant.
Ils l'avaient bien prévu. Marion a rejoint la liste Dutoit. Il y a deux listes de neuf candidats chacune. Les électeurs ont le choix. Le vote, c'est aujourd'hui, vingt-cinq juin 1995. La journée de vote se déroule sans problème. Comme celle du premier tour. L'heure du dépouillement arrive. On répète les opérations du premier tour. On ouvre les enveloppes. On compte les bulletins. Les résultats sont proclamés rapidement. L'équipe Dutoit, cette fois, a droit aux félicitations générales. On parle de ses partisans du moins! Marion Dulac et Denis Auvert ont été élus. Ce sont les deux candidats de dernière minute. Boutel, lui, est définitivement battu. Ça, c'est une deuxième victoire! Sur sa liste, Julien Lardoise est élu avec 420 voix, Clémentine Fachaud avec 405, Charline Brack avec 384, Edwin Blanc quant à lui en a 378, Séverine Boutant 330. La surprise vient d'Anquetôt. Même de Mathurin fait un score ridicule. Ils n'ont que 310 et 305 respectivement. http://fr.wikipedia.org/wiki/Alternance_politique
Les employés communaux s'étaient tous reportés. Malgré cela, aucun n'a été élu. Mais la grosse surprise vient de Boutel. Il est définitivement battu. Que va dire la préfecture?
Christophe Potteur a été élu dès le premier tour. Il a préparé un pot chez lui. Avec Philippe Lepape, Lucien Pifon, Pierre Dutoit, Michel Deval, Denis Auvert, Marion Dulac et Jean-Sébastien Billard, il prend congé de ceux qui ont fait campagne pour eux. Ils remercient ceux qui leur ont manifesté leur soutien. Puis, tous quittent la mairie. Leurs conjoints les ont rejoints. Ils montent en voiture. Ils se rendent chez Christophe. Aujourd'hui, il a encore fait chaud. C'est comme le jour du premier tour. Maintenant le temps se rafraîchit nettement. La pluie menace.
Les nouveaux élus sont arrivés. Leurs sept co-équipiers malheureux aussi. La cour des Potteur suffit à peine à contenir les voitures. Tout le monde se réjouit des bons résultats. Même pas élu, personne ne regrette rien. Mais alors là, rien du tout! Les sympathisants aussi ont été invités. Ils sont du nombre.
Il faut parler des choses sérieuses. On a la majorité absolue. C'est de justesse. En effet, il ne faut pas qu'un seul rejoigne les autres. Sinon, on est minoritaires. Ce n'est pas plus confortable pour les autres. Quelqu'un chez eux peut changer de camp. Là, la situation sera déjà plus confortable pour nous! Il va falloir élire le maire et les adjoints. Le jour n'est pas encore fixé. Il faut qu'on profite d'être tous réunis. On décide qui on propose à ces postes. Les candidats ne sont pas très difficiles à trouver. Le maire, ce sera Lucien Pifon. C'est un peu en hommage à Marcel. Le premier adjoint, ce sera Pierre Dutoit. Le deuxième, on y met Philippe Lepape. Cette affaire importante est rapidement classée. On se réjouit encore de la défaite de Boutel. Ah! débarrassés de celui-là! Il pourra malgré tout continuer à agir de loin. Il le fera par l'intermédiaire de ceux de sa liste!
La réunion se poursuit. C'est un vrai brouhaha. La conversation est animée. Les coupes se vident aussi vite qu'elles se remplissent. On peut ajouter qu'elles se remplissent aussi vite qu'elles se vident. Les derniers partent très nettement après minuit.
La nouvelle équipe municipale est réunie. C'est la première fois. Le public est assez nombreux. On est presque une semaine après le deuxième tour. C'est à dire qu'on est le 30 juin 1995. Il faut faire connaissance entre équipes. On apprend à travailler ensemble. Ça coince un peu. L'équipe anciennement Boutel c'est un peu renouvelée. Elle compte deux nouveaux. Il s'agit de Charline Brack et Edwin Blanc. Ils portent un espoir d'assainissement. Les rivalités locales leur échappent encore un peu. Ils sont arrivés depuis moins d'un an dans la commune. Avec Archibald Mathurin, c'est différent. Il est très connu à Basseville, lui. Il est passé, bien sûr. Il n'empêche. Il n'est pas si bien vu que ça. En doutait-il encore? Il a été obligé de reconnaître son score. À quarante six ans, il est autoritaire et prétentieux. Anquetôt est un petit garçon, par rapport à lui. Il a fait campagne sur l'emploi. Il a mis en avant sa participation non négligeable aux finances publiques. http://fr.wikipedia.org/wiki/Finances_publiques
Il a rappelé qu'il paye sa taxe professionnelle ici. Ce ne serait plus le cas s'il déménageait. Ça, il est entièrement libre de le faire! C'est clairement dit... Sans cette menace, il aurait été battu.
Maintenant, il faut élire le maire et les adjoints.
Il faut désigner un secrétaire de séance. On commence par ça. Pour cette séance, le secrétaire c'est le ou la plus jeune. C'est la coutume. Et le plus jeune, c'est Edwin Blanc.
- y a-t-il des candidats pour le poste de maire? lance Pifon, le doyen.
- mé! s'écrie le même Lucien Pifon. Il a à peine posé la question!
- et moi, ajoute André Anquetôt.
Personne n'est surpris. C'est normal que ces deux candidats se déclarent.
Le vote se déroule à scrutin secret. C'est ce que prévoit le code des communes. Le béret de Pifon sert pour recueillir les quinze petits papiers. Ils ont été approximativement pliés en quatre, huit ou seize. Dessus, un nom a peut-être été écrit.
Le béret est ensuite retourné. Les quinze petits papiers se répandent sur la table. C'est Edwin qui les déplie:
- Pifon... Pifon... Pifon... Lucien Pifon... Pifon... Lucien Pifon... Pifon... Pifon... Lucien Pifon... Pifon... Lucien Pifon... Lucien Pifon... Pifon... Lucien Pifon... et... Lucien Pifon!
Pifon est déclaré élu par 15 voix!
Un grand sourire illumine huit faces.
L'équipe Dutoit avait prévu qu'ils seraient huit à choisir le maire. Il y a bien huit conseillers à se réjouir. A une près, ce ne sont pas celles qu'on croyait. On redoutait bien une défection. Elle vient d'avoir lieu. On a du mal à y croire. À vrai dire, on aurait dû être plus méfiants... Pourquoi a-t-on accepté ce Pifon? On ne le connaissait pas. Bien sûr, en Lucien on croyait retrouver Marcel. Lui, il n'aurait jamais fait ça! Et puis, c'était juste après l'accident. On était sous le choc. On se retrouvait à trois au lieu de six! Ce Pifon là est peut-être plus malin que l'autre. Il est aussi nettement plus tordu! Mais pourquoi donc a-t-il fait ça? Qu'est-ce que ça lui donne? On a l'impression que Boutel a encore réussi. Il a fait main basse sur la mairie. Cette fois, il n'a pas eu besoin de subtiliser l'urne! Il faut dire qu'on s'en méfiait. On aurait réagi. http://fr.wikipedia.org/wiki/Trahison
- on passe maintenant à l'élection du premier adjoint. Y a-t-il des candidats? demande le nouveau maire.
Clémentine se redresse sur sa chaise:
- je suis candidate.
Dutoit, prend la parole. Son âge lui confère l'autorité nécessaire.
- chez nous, personne.
Le béret de Pifon fait à nouveau le tour de la table. Quinze petits papiers très semblables aux premiers y atterrissent. Edwin recommence l'opération de tout à l'heure:
- Clémentine... Bulletin Blanc... Bulletin Blanc... Clémentine Fachaud... Bulletin Blanc... Clémentine... Bulletin Blanc... Bulletin Blanc... Clémentine... Clémentine Fachaud... Bulletin Blanc... Clémentine Fachaud... Clémentine... Bulletin Blanc... et... Clémentine Fachaud
Clémentine Fachaud est élue premier adjoint. Elle passe au premier tour. Elle a huit voix. Il y a sept blancs.
Le sourire sur les huit faces est un peu retombé. Une certaine excitation a pris la place.
L'élection du deuxième adjoint se déroule. Il n'y a plus de surprise.
Julien Lardoise a vingt-huit ans. Il est élu par huit voix contre sept blancs.
Il faut encore voter pour les commissions et différents syndicats.
- Nous refusons toute participation. Vous ferez tout le travail. Dutoit reprend l'initiative. Il a le visage fermé.
Clémentine Fachaud s'insurge:
- comment ça! Non mais. Vous croyez que vous n'allez rien faire. Vous vous faites des illusions!
Cette fois ci, il n’y a plus que sept sourires. Ils sont tout à fait radieux.
- ça! je vais me renseigner à la préfecture. Je vais voir si je peux vous obliger à travailler!
Les votes pour les commissions et les nominations aux syndicats se font. Seuls des membres de la «nouvelle nouvelle» majorité sont candidats.
Dutoit se tourne d’abord vers Clémentine Fachaud. Il s'adresse ensuite à Pifon:
- non, nous ne souhaitons pas travailler avec vous, madame le premier adjoint. Par contre, monsieur le maire, vous voudrez bien mettre un sujet à l'ordre du jour de la prochaine séance. Nous voulons élire une commission de la salle. Nous voulons choisir un avocat. Nous lui demanderons d'engager une procédure. Elle portera sur les malfaçons de la salle. Il faut lancer une expertise judiciaire pour ces malfaçons.
Les deux interlocuteurs de Dutoit sont stupéfaits. Ils partent d'un grand éclat de rire. Ce pauvre Dutoit. Il n'a pas réalisé ce qui lui arrive... IL N'A PLUS LA MAJORITE!
- on te la mettra à l'ordre du jour, ta question. Elle te tient si à cœur.
- vous ferez bien, monsieur le maire. À défaut, nous saisirons le tribunal administratif. Il s'agirait d'un excès de pouvoir! Vous avez le choix. http://fr.wikipedia.org/wiki/Tribunal_administratif_(France)
Clémentine regarde Dutoit avec mépris. Elle passe à un autre sujet:
- c'est un nouveau mandat qui commence aujourd’hui. Je propose au conseil qu'on lui donne une dimension exceptionnelle. On le place sous le signe de la solidarité. Le temps des réunions ne doit pas être que le temps des réunions. Il y a beaucoup de pauvres à Basseville-sur-Terre... Non, on ne se paye pas leur gueule... Je suggère que le temps des réunions soit aussi du temps pour eux. De plus, c'est par le social qu’on préviendra la délinquance. On travaille pour la réinsertion et la prévention. La durée des séances sera utilisée aussi à cuire de la nourriture. Je propose qu'on vote.
Jean-Sébastien Billard commence à retrouver ses sens. Il l'interrompt:
- c'est ça, la poule au pot d'Henri IV pendant qu'on y est! http://fr.wikipedia.org/wiki/Poule_au_pot
Clémentine Fachaud l'ignore. Elle continue sur son idée:
- pour ça, il faudra qu'on installe un évier. On le mettra juste à côté de la porte. C'est à dire à droite quand on entre. Il faudra aussi une cuisinière un peu plus loin. Ça, c'est histoire qu'un courant d'air ne souffle pas le gaz. Bien sûr, il faudra amener l'eau à l'évier. Il faudra aussi alimenter la cuisinière en gaz.
L'équipe Dutoit a retrouvé sa voix:
- mais c'est ridicule. Elle est cinglée cette bonne femme! Elle n'a pas entendu parler de la manne du nucléaire qui finance 50% de l'action sociale du conseil général. C'est contre ça que nos représentants ont accepté Flamanville http://fr.wikipedia.org/wiki/Centrale_nucl%C3%A9aire_de_Flamanville
et la Hague http://fr.wikipedia.org/wiki/Usine_de_retraitement_de_la_Hague
Et maintenant, il y aurait des gens, chez nous, qui ne pourraient même pas manger à leur faim!
Clémentine persiste:
- il faudra aussi une casserole. Elle ne devra pas être trop grande. C'est lourd quand c'est plein d'eau. Ça pourrait me faire mal au poignet. Je dois pouvoir la porter sans souffrir. Et puis, on doit aussi voter un budget. Il faut financer les allumettes, le sel et la nourriture qu'on cuira.
Pifon prend décidément sa nouvelle fonction très au sérieux:
- et bien, on n'a qu'à voter. C'est pas compliqué!
Bien entendu, la proposition est acceptée: huit oui, sept non.
Pifon, jubilant, lance:
- il est vingt heures. La séance est levée.
L'opposition quitte la salle. Elle ne peut éviter les «à la prochaine!» narquois de Pifon et de ceux qui sont maintenant les siens.
La composition du nouveau conseil, dans l'ordre du tableau, est la suivante:
Pifon Lucien: maire, Fachaud Clémentine : premier adjoint, Lardoise Julien: deuxième adjoint, Potteur Christophe, Lepape Philippe, Billard Jean-Sébastien, Deval Michel, Dutoit Pierre, Auvert Denis, Dulac Marion, Brack Charline, Blanc Edwin, Boutant Séverine, Anquetôt André, Mathurin Archibald.
Bourrin a quarante-deux ans. Il faisait partie du conseil précédent. C'était lui le responsable de la commission des chemins. Ni lui ni aucun des autres employés communaux n'ont été réélus. Il est furieux. Ce matin du 2 juillet, il s'est précipité sur son téléphone. Une entreprise avait établi un devis. Il fallait élargir un chemin communal de Basseville. Cette entreprise est située en dehors du canton. Il l'a appelée. Le chef de chantier souhaitait faire le travail ces jours-ci. Ça tombe bien. il est d'accord pour se rendre sur place. Il sera là dans la matinée. Bien sûr, il n'a rien entendu sur le changement de majorité municipale. Pour lui, Bourrin est toujours du conseil! http://fr.wikipedia.org/wiki/Imposture
Ils se retrouvent donc comme convenu. Le travail est vraiment peu important. Il s'agit juste d'élargir un peu. C'est trop étroit dans un virage. Le camion-citerne de la coopérative et tous les autres engins passent difficilement. Tout est terminé en moins de deux heures. Le chef de chantier est content. Bourrin a réussi. La facture doit être vite envoyée à la mairie. Il insiste. Le comptable de l'entreprise n'attend pas. Le lendemain même, il la remet au secrétariat de mairie.
L'intervention de Bourrin auprès de l'entreprise n'a pas été assez discrète. Denis Auvert en a eu vent. Un des riverains lui a confié sa désapprobation. Il sait quels travaux étaient envisagés. Ce n'est pas du tout ça. Denis arrive à la mairie. Il a bien l'intention d'aborder le sujet. Aujourd'hui, on est déjà le huit juillet 1995. Le conseil est réuni. Il doit délibérer sur de nombreuses questions. Parmi elles, il y a l'élection d'une commission de la salle. Le principe de cette commission doit être accepté. Ensuite, on pourra choisir un avocat. On lui demandera d'engager une procédure. C'est au sujet des malfaçons de la salle. Là aussi, le principe doit en être accepté. http://fr.wikipedia.org/wiki/Malfa%C3%A7on
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