La Gaule de Charles, chapitre 2

 

  

 

Depuis la mi-février, les réunions de la commission des travaux se sont enchaînées à un rythme d'enfer. C'est Anquetôt qui en est le responsable. La rapidité de réalisation des dossiers est déterminante. Les entreprises candidates en ont été informées. La procédure d'appels d'offres a été rondement menée. On n'a pas tenu le registre légal. On n'a pas perdu de temps. L'ouverture des plis a eu lieu en présence du percepteur. Elle montre que le budget global est très largement dépassé. Ce n'est pas suffisant pour que Boutel change de procédure. Il ne veut à aucun prix passer au marché négocié. Cette procédure l'obligerait à révéler les offres du groupe Anquetôt à ses concurrents. Il a donc refusé de déclarer l'appel d'offres infructueux. Il a fait croire qu'il passait au marché négocié. Il est resté dans le cadre de l'appel d'offres. Les offres des concurrents, il n'a pas besoin du marché négocié pour les communiquer à Anquetôt... L'architecte a donc écrit aux entreprises restant en course.

 

 

 

Il parle de marché négocié. Il ne communique aucune offre d'un concurrent à un autre. Il ne demande qu'une chose. C'est que chacun consente une remise commerciale de 5%.

 


La procédure d'appel d'offres s'est donc poursuivie. Les membres du conseil se réunissent ce 25 septembre 1992. La belle dame leur a adressé les convocations. C'est monsieur Boutel qui l'a demandé. Elle peut se libérer ce soir là. Elle assurera le secrétariat de séance. Il y a quelques jours, Boutel était au café. 

 

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Caf%C3%A9_(%C3%A9tablissement) 

 

 

Il y a été prévenu que Dutoit avait un rendez-vous aujourd'hui. Il se peut que cette annonce ait été faite à la demande de Dutoit. Ses relations avec Anquetôt sont bonnes. Il préfère fermer les yeux. Ça échappe à Boutel. Il a aussitôt fait taper les convocations. Il faut aussitôt réunir le conseil. Il a demandé à la belle dame de s'y mettre sans délai. C'est une question ultrasensible et épineuse. Il préfère l'aborder hors de la présence de Dutoit. Celui-ci devine toujours ses arrière-pensées. Dutoit est retenu pour ses affaires ce jour là! Il est hors de question d'attendre la date qui avait été fixée. Les circonstances que nous venons de décrire font qu'il y a urgence. L'ordre du jour est donc très réduit.

 


Les convocations comportent un ordre du jour capital. Cette fois-ci le sujet est vraiment important pour Boutel et Anquetôt. Il faut voter sur l'attribution des marchés! Le maire ouvre la séance. Ça doit être vite torché. Il a appris incidemment que Dutoit serait absent aujourd'hui. Boutel a déjà retenu quelques entreprises. Parmi elles, certaines posent problème. Il n'a pas le droit de traiter avec elles. Il se met en infraction avec différentes lois. Celles sur l'ingérence, sur le favoritisme, sur la publicité européenne pour les marchés de cette importance, etc. Mais il n'a rien à faire de la loi. La préfecture le soutient. Les juges au service de cette dernière également. Il n'y a que les emmerdeurs de l'opposition qui y trouvent à redire. Il a déjà fait envoyer un courrier recommandé. Ce courrier anticipe légèrement la décision du conseil. Elles l'ont toutes reçu ce matin... et ont toutes signé l'avis de réception, à l'heure qu'il est!


http://fr.wikipedia.org/wiki/Lettre_recommand%C3%A9e_avec_avis_de_r%C3%A9ception_en_France

 


Il les y informe du résultat de la délibération... sauf que cette délibération, elle n'est pas encore votée. Et c'est pour cette formalité négligeable qu'on est là, sans Dutoit.

 

 

 

- Bon! Alors, on est tous d'accord. Le projet, on vous l'a déjà présenté. On ne revient pas là-dessus.

 

 

Les dossiers sont là. On a sélectionné ce qui vous concerne. Et qu'est-ce qui vous concerne? C'est que les appels d'offres n'ont rien donné  

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Appel_d'offres .

 

On a dû passer aux marchés négociés. http://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_des_march%C3%A9s_publics_en_France


Boutel parle. Philippe Lepape prend une petite liasse sur la table. Tiens, ce sont des devis d'Aérotoit. C'est une des sociétés d'Anquetôt. Il a aussi Pikbrik et quelques autres.

 

- oh! Mais c'est bizarre. Ces deux devis ont la même date.

 

- tu m'emmerdes, toi! Je te l'ai dit. Les appels d'offres n'ont rien donné. On est dans la formule du marché négocié. C'est pas clair?! Aérotoit a fait une offre. On l'a communiquée à son concurrent. Lui, il nous en a communiqué une autre. On l'a communiquée à Aérotoit. Il nous ont fait ce devis là. Il est le moins cher. On l'a retenu. C'est comme ça les marchés négociés. Tu piges?

 

- mais ça fait pas mal d'échanges de courrier. Il faut aussi étudier les propositions. Ça prend du temps. Il faut élaborer les offres. Tout a été fait en une journée? Tu es sûr?

 

- bien sûr que ça peut tenir sur une journée. La preuve, c'est que ça a tenu.

- mais, le percepteur, il a vu ça? Qu'est- ce qu'il a dit? Et l'offre du concurrent d'Aérotoit? On peut la voir?

http://fr.wikipedia.org/wiki/Code_des_march%C3%A9s_publics_(France) )

 

- non, on ne l'a pas retenue. On l'a jetée! Y a assez de paperasse sans ça. Nom d'une pipe de petit morveux!... Non, mais, tu vas m'apprendre à faire un marché négocié?! Et puis, c'est facile d'attaquer Anquetôt. Il n'a pas pu venir. Il avait des obligations professionnelles. Seulement, c'est un mec bien. Il m'a fait un pouvoir. Qu'est-ce que tu vas trouver, encore? Ce n'est pas la même couleur d'encre pour la date? Et alors? Il a dû changer de stylo. Le premier était en panne!

 

- et il s'est remis à marcher pour la signature?

- merde, ça te va?

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Merde

 

Boutel ne pensait pas avoir à se battre comme ça. Il aurait dû faire convoquer Lepape quelque part. Il aurait pu l'envoyer dans une administration ou un organisme. Un truc où il a quelques relations. Il n'a que l'embarras du choix... L'hôpital aurait pu trouver des frais à régulariser. C'est là que sa mère l'a mis au monde. On aurait pu lui demander de payer la location de la télé en 1957. Et dire que c'était urgent. Qu'il fallait qu'il vienne à l'heure du conseil. Dommage de ne pas y avoir pensé.

 

- Allez! On passe au vote. Les débats sont terminés.

L'équipe Dutoit s'abstient. Les marchés sont attribués sans aucune mauvaise surprise pour Boutel. Ça ne l'empêche pas de transpirer à grosses gouttes. Anquetôt est bien servi. Plusieurs des sociétés de son groupe reçoivent chacune un lot. Et il faut ajouter Mathurin. On l'a déjà servi. La voix d'Anquetôt a bien été prise en compte pour cela. Il sait qu'il peut faire confiance à Boutel. A la préfecture aussi, d'ailleurs. Malgré l'ingérence, la délibération passe le contrôle de la légalité

http://fr.wikipedia.org/wiki/Contr%C3%B4le_de_l%C3%A9galit%C3%A9_des_actes_des_collectivit%C3%A9s_territoriales_et_de_certains_%C3%A9tablissements_publics_fran%C3%A7ais ).

Ça ne fait pas le moindre problème. Oh, Anquetôt et ses proches sont bien coupables de favoritisme et d'ingérence. Le conseil est bien coupable. Personne ne saisit le Parquet. Les marchés entre conseiller et commune sont à priori interdits. De même que les marchés avec les sociétés où un conseiller a des intérêts. Il y a une simple tolérance pour les petites communes comme Basseville-sur-Terre. Cette tolérance est limitée à cent mille francs TVA comprise.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tol%C3%A9rance

 

Le principe est l'interdiction. Et là on pulvérise le maximum toléré. On est à près de dix fois ce maximum. Mais on ne va pas chipoter. On est entre gens de bonne compagnie!

Surtout que les affaires sont difficiles aujourd'hui. Ce n'est pas comme quand Dutoit s'est lancé! Et ce n'est pas le service du contrôle de la légalité, à la préfecture, qui ira voir si les concurrents ont été traités à égalité. Il ne va pas chercher à savoir pourquoi l'architecte parle de marché négocié. Le dossier montre pourtant bien que le maire est resté dans l'appel d'offres restreint. Monsieur Boutel a de si bonnes relations avec monsieur Aposs.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Relation_interpersonnelle

 

Il en a donc avec les juges. Ça pèse plus que les intérêts de Basseville-sur-Terre et de ses habitants. Que voulez-vous!

Les mois suivants voient la salle polyvalente sortir de terre. Elle monte presque jusqu'au ciel. Au bout d'un an, l'esthétique semble une réussite parfaite. De grandes courbes de lamellé-collé s'élancent d'une extrémité à l'autre... C'est superbe! Mais où sera la toiture? Malheureusement, elle recouvrira ces belles courbes de bois. Elle seront rabaissées au statut de charpente.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charpente

 

Et si on les avait laissées comme ça? La suite montrera que ça aurait coûté moins cher. Et ça aurait été tout aussi efficace que les affreux bacs acier contre les intempéries...

 

L'été 1993 touche à sa fin. La salle a depuis peu son aspect définitif. Enfin, ce n'est définitif qu'en attendant la suite...

Les conseillers ont reçu une convocation pour une réunion de conseil le 15 septembre. Il faut délibérer sur une liste conséquente de questions. Monsieur Boutel invite les conseillers à se réunir. Il a demandé à la belle dame d'envoyer les convocations. Elle peut se libérer ce soir là. Elle assurera le secrétariat de séance. Bénévolement.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9n%C3%A9volat

 

Aucun conseiller n'est astreint au secrétariat de séance! Basseville-sur-Terre est une commune de rêve.

Les conseillers arrivent par petits groupes selon les affinités pour certains. Les autre arrivent un par un. Eux, ils ont des contraintes, professionnelles ou pas. Ça les empêche de se retrouver avant l'heure de la réunion. Le conseil est donc réuni. Il va délibérer, entre autres, sur les tarifs de location de la salle. Boutel estime que ceux qui ne sont pas arrivés sont définitivement absents, enfin, pour ce soir. Il lance, de sa voix de fausset:

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fausset

 

- Je déclare la séance ouverte!

 

Il rend compte brièvement de la réception des travaux. Il déclare simplement que la réception des travaux de la salle polyvalente a eu lieu hier. Puis, il enchaîne:

 

- L'artiste était là. Il a testé devant nous «l'œuvre de solidarité avec les populations souffrantes d'Afrique». Elle fonctionne parfaitement! Son œuvre reproduit fidèlement le piège à fauves traditionnel du Parawi. Il nous l'a garanti. Dans la mesure du possible, les matériaux ont été importés spécialement du Parawi. Ils ont fait le voyage par avion.

 

Philippe commente:

- ce raffinement explique en partie le prix. Le reste de l'explication est simple. C'est le talent que le démiurge s'attribue!

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9miurge

 

- passons maintenant au bâtiment lui-même.

 

Boutel abrège les explications. Les services vétérinaires ont porté une restriction au permis de construire. C'était en mai 1992. On n'a pas pu faire autrement que d'accepter. Sinon, on n'était pas autorisés à construire la salle. Seule la petite salle servirait pour les repas et banquets. C'est ce qu'ils avaient demandé. On leur a dit que c'était d'accord. Méfiants, ils ont limité la capacité de la cuisine. On ne pouvait plus préparer que des petits repas. Ils limitaient à quatre-vingts personnes. Sur les premiers plans, il y avait peu d'issues de secours à la grande salle. On en a rajouté. Il en faut plus pour les repas. On a donc sensiblement changé. Ils ne nous ont pas demandé pourquoi.

L'ordre du jour arrive maintenant au vote sur la location de la salle. Je propose 1.200 francs pour la location de la grande salle sans repas. Ça veut dire la location sans la cuisine. Ça correspond aux matchs de tennis. C'est un exemple. Je propose 800 francs pour les repas dans la petite salle. C'est pour les repas jusqu'à quatre-vingts personnes. Ça comprend la location de la cuisine. Et je propose enfin 3.500 francs pour les locations de la grande salle. Ça, c'est avec la cuisine. C'est pour les banquets des associations.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Banquet

 

On pourra y tenir les mariages. Ça convient aussi pour tous les repas trop nombreux pour tenir dans la petite salle. Ce tarif là, c'est pour les gens hors commune. Les gens de la commune peuvent aussi louer les salles. Ils ont droit à un tarif moins élevé. Et je vous invite tous à l'inauguration de la salle. C'est demain. Des annonces ont été passées dans la presse. Tous les participants à la construction seront là. Il y aura aussi des élus et des relations à moi à la préfecture.

 

La proposition de tarifs de location est acceptée. Elle contredit pourtant les mesures imposées par les services vétérinaires. La préfecture a eu connaissance de la restriction de capacité de la cuisine. Malgré cela, elle ne voit rien à redire aux tarifs votés par le conseil de monsieur Boutel. La grande salle sera louée pour y tenir des repas. La cuisine pourra servir pour autant de convives qu'on voudra. Cette délibération-là aussi passera sans problème!

Les autres questions à l'ordre du jour sont traitées. Puis on passe aux questions diverses. Monsieur Boutel lève la séance. La nuit est alors bien entamée. http://fr.wikipedia.org/wiki/Nuit

 

Le lendemain, c'est le 16 septembre 1993. La salle est fin prête pour l'inauguration. Depuis une semaine, les conseillers de l'équipe de Boutel ont préparé la fête. Ils comptent pas mal de partisans à Basseville. On l'a vu. Une bonne partie d'entre eux vient aider. Ils ont tout décoré, intérieur et extérieur. On dirait les préparatifs d'un mariage. Le mari de Clémentine a été distingué. Pour les manifestations sportives, il s'occupera des locations de la grande salle. Il est promu responsable. C'est quelque chose. Il participe également à l'inauguration. Il agit pour la puissance recevant. Bien entendu. Aujourd'hui il ne sera pas possible de faire de démonstration. La grande salle doit accueillir les officiels, les entreprises. Et ça, c'est en plus du maire, des autres conseillers municipaux et du public. Tout le monde doit écouter les discours. Pour mériter le vin d’honneur.

Le préfet Aposs est déjà passé. Ça fait quelques jours. Le mari de Clémentine l'a trouvé on ne peut plus sympathique. Boutel parle toujours d'Aposs dans des termes admiratifs. Vraiment, c'est justifié! Aposs avait apporté sa raquette. Ils ont joué toute une partie. Le préfet a beaucoup apprécié l'éclairage zénithal. Il s'est félicité du choix du matériau retenu pour le sol. C'est un caoutchouc coulé sur place.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Caoutchouc_(mat%C3%A9riau)

 

C'est bien bloquant. Ce n'est pas vraiment ce qu'il faut pour danser après les repas. C'est vrai. Aujourd'hui, Aposs devrait venir. Il a toute fois prévenu que c'était sous réserve.

La salle commence à se remplir. L'assistance est encore clairsemée. Quelques personnes ont marché sur l'herbe. Elles n'ont pu s'en retenir. L'artiste l'avait bien prévu. Il y a une petite foule dehors! Il faut le reconnaître. Le chemin d'accès à la salle est noir de monde... De nombreuses personnes marchent sur le gazon à droite du chemin.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gazon

 

Il y en a encore plus à gauche. C'est une incivilité impardonnable. L'artiste leur a préparé une petite surprise. Ils vont voir ça. De temps un temps, une clameur s'élève. Quatre ou cinq personnes à la fois disparaissent. On dirait qu'elles ont été vaporisées! C'est à n'y rien comprendre. Elles sont là. Une seconde après, plus rien. Il n'y a plus que l'herbe qui verdoie. Ça c'est déjà produit vraiment plus d'une fois.

 

On a besoin de comprendre. On cherche l'artiste.

 

- assassin, vous paierez pour ça!

 

L'artiste daigne à peine répondre :

- il n'y aura pas de procès. Vos amis n'avaient pas à marcher sur l'herbe. J'ai des droits moraux sur mon œuvre. Je suis comme tout artiste. Je les ferai jouer. J'interdis qu'on y touche. Armand Jérôme Bignon, c'était le prévôt des marchands de Paris.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9v%C3%B4t

 

En particulier en mai 1870. Au moment du mariage du Dauphin et de Marie-Antoinette. On a tiré un feu d'artifice en leur honneur. Il était responsable de la sécurité. Il ne s'en est pas trop tracassé. Plusieurs centaines de personnes sont mortes. On ne lui a pas cassé les pieds. Merde, alors!

 

Boutel arrive les bras en l'air:

 

- mais enfin, qu'est-ce que vous faites tous ici? C'est dedans l'inauguration. Allez, entrez. Le préfet Aposs commence à s'impatienter!

 

- monsieur le maire, c'est une honte. L'«investissement culturel» a avalé pas mal de monde. On n'entend plus rien, dessous. On dirait qu'ils sont morts!

 

- foutaises. Vous ne comprenez rien à l'art. On verra ça après l'inauguration. Tiens, il commence à pleuvoir! Allez, rentrez vous mettre à l'abri, bande d'abrutis.

Les discours se succèdent. L'ambiance est très gaie. Du moins sur l'estrade. Il pleut dehors. Même sur le toit. Ça fait du bruit. Les intervenants doivent hausser la voix. Le discours d'Aposs sera cité dans la presse. Elle retient en particulier une phrase. Ça sonne bien. «Monsieur le maire, vous avez su semer. Les habitants de Basseville-sur-Terre n'ont plus qu'à récolter maintenant»

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9colte

 

A ce moment, la salle trahit ses brillants concepteurs. De véritables cataractes se déversent du toit à l'intérieur. Il pleut sûrement moins dehors! Les petits fours sont inondés. Il est impossible de les présenter! On abrégera donc le cocktail.

 

Aposs et les autres sont partis. Boutel et l'artiste peuvent maintenant écouter les mécontents. Ceux qui les ont interpellés dehors :

 

- Ah! c'est vrai!

 

Dans la fosse, pas une goutte de pluie n'a pénétré. On en ressort des enfants. Il y a aussi des jeunes. On trouve un certain nombre d'adultes. Et il y a des salariés des entreprises. Des gens qui ont travaillé à la construction de la salle. Et d'autres qui ont donné vie à l'«œuvre». On comptera trente neuf victimes. Parmi elles, il y a six conseillers municipaux de Basseville-sur-Terre. D'abord deux de la liste Dutoit. Il s'agit de Sylvain Dégour et d'Arthur Latour. Ils ont dû arriver dans les derniers. Après quelques enfants, on a retiré trois conseillers de la liste Boutel. Dominique Bernic, Caroline Caramel et Ludovic Lucien, âgés de vingt-neuf, trente et trente-deux ans, sont morts.

On a retiré quelques salariés sur une couche plus ancienne. Et on est arrivés à Pifon. Oh! La surprise est de taille! On a constaté que de l'eau était sortie de sa tête. Il y en avait un volume important. Preuve que sa capacité n'était pas si mauvaise.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence

 

L'artiste est à nouveau pris à parti. Il regagne sa voiture. En marchant, il lance:

 

- Il n'y aura pas de procès. «Ils» n'avaient pas à marcher sur l'herbe.

 

Il veut que ce soit clair. Alors il répète:

 

- Je maintiens. Je suis un artiste. J'ai des droits moraux sur mon œuvre. Je les ferai jouer. J'interdis qu'on y touche.

 

Une référence historique lui plait bien. Il aime la répéter. Elle lui revient en tête:

- Vous avez entendu parler de Nicolas II. C'était en Russie. Il a été sacré tsar en 1896.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_II_de_Russie#Son_couronnement

 

Deux mille personnes sont mortes dans les fossés à l'occasion des fêtes. Est-ce qu'il y a eu un procès? Alors!

 

 

Cinq jours plus tard, les corps des victimes ont été rendus à leurs familles. L'autopsie confirme que les victimes sont mortes. La cause de la mort est «chute dans un piège à fauves». Parfois le légiste précise: «empalement sur un ou plusieurs pieux», «lésion létale sur organe vital»... L'enterrement a été prévu pour aujourd'hui. On est le 21 septembre. La plupart des proches ont souhaité une cérémonie commune. Le nombre de personnes à enterrer à Basseville est trop grand. Un écran géant a été placé près du portail. C'était l'occasion. Une grande partie de l'assistance est restée dehors. Grâce à l'écran géant, elle a suivi le déroulement des obsèques.. . Les dernières notes du Salve Regina viennent de retentir.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Salve_Regina

 

Elles marquent la fin de la cérémonie. Une longue procession s'ébranle vers le cimetière. Au même moment, les cloches sonnent en deuil. Exactement comme pour l'entrée. Entre deux, c'était une parenthèse. Les premières familles arrivent dans le cimetière. Les dernières sont toujours dans l'église.

 

Devant la première tombe, le prêtre dit les prières choisies. Il y a eu une préparation la veille. Puis le premier cercueil descend dans son caveau. Il est porté sur deux cordes. Quatre employés communaux les laissent lentement glisser.

 

Ensuite, les proches bénissent une dernière fois. Beaucoup se sont déplacés pour la famille. Elle les remercie longuement. Et elle quitte le cimetière.

 

La famille n'a pas atteint les barrières. Serge Debarre est un des employés communaux qui ont aidé à descendre le cercueil. Il aborde le père de la première victime enterrée. Ça n'a pas l'air de bien se passer. Le père semble hors de lui. Au bout d'un moment, il met la main à la poche intérieure de sa veste. Il semble en sortir quelque chose. Il regarde avec attention. On dirait qu'il compte. On ne voit pas très bien. Puis il tend la main à Serge. Celui-ci a l'air de prendre ce qu'on lui donne. Les deux se séparent. L'employé communal revient vers la deuxième famille. La deuxième mise en terre commence. Le manège continuera plusieurs heures. Les échanges continuent devant les barrières. La famille en deuil se révolte. Comme la précédente. Ça se passe avec plus ou moins de succès pour Serge.

 

 

Un mois a passé depuis l'enterrement. Le conseil a perdu plus du tiers de ses membres. De nouvelles élections doivent avoir lieu. Elles doivent se tenir dans les deux mois.

 

Les volontaires sont rares. L'ambiance n'y est pas vraiment. C'est pire du côté de Dutoit. Ses partisans sont des pacifiques. Ce sont des gens tranquilles. Ils préfèrent leur télévision et leur famille à la politique. Personne n'a envie de s'engager. Malgré tout, il existe un fort vent de mécontentement contre l'équipe Boutel. Elle a imposé la salle. Elle a imposé l'artiste assassin. Elle est tenue pour responsable de la catastrophe. Mérovée Archi, vingt huit ans, est un des conseillers de la majorité. Il a préféré démissionner. Il l'a annoncé à Boutel le jour même de l'accident.

 

Du côté de l'équipe fautive, seuls des employés municipaux se présentent. Ils sont sept. Et il y a sept sièges à pourvoir...

Madame Pifon a fait savoir qu'elle avait un souhait. L'équipe «à Dutoit», c'est aussi celle «à son mari». Elle aimerait que l'équipe se réunisse encore une fois chez elle.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Campagne_%C3%A9lectorale

 

Cela lui plaisait tant, à Marcel. C'est vrai, ça lui faisait mal de payer le café... Ce sera l'occasion de réfléchir. Il faut trouver des candidats. Il faut faire une liste pour les élections partielles. 

 

Dutoit n'a que deux co-équipiers survivants. Il s'agit de Lepape et de Deval. Tous doivent arriver chez feu Pifon. Ils ont convenu d'une procédure. Ils s'attendent dans les barrières. Elles sont auprès du garage. De là, on ne peut pas être vu de la maison. Ils pourront aller frapper. Mais ensemble. Et quand les trois sont arrivés :

 

- On est tous là. On n'a plus personne à attendre.

 

- On peut y aller maintenant, enchaîne l'autre.

 

Ils marchent. Ils commencent à parler des événements. Bien sûr, la triste fin de Marcel accapare leurs pensées. Ils regrettent de s'être si souvent énervés après lui. Ils n'auraient pas dû rire de lui. Sa capacité de compréhension était faible. C'est certain. Et il croyait faire de l'effet en sortant ses bourdes. Oui, mais si on avait su ce qu'il avait dans la tête... on lui trouve même des qualités maintenant. Il ne s'en sortait pas si mal. Il avait un tel handicap... Ils ne savent pas pourquoi. C'est peut être parce qu'ils pensent très fort à lui. Ils ont l'impression de voir encore les marques habituelles de la présence de Pifon. C'est étonnant. Il y a bientôt un mois que Marcel est mort! Ça y est, mais oui. Cette boue sur la route! En venant, les voitures en ont été barbouillées jusqu'au toit! Comme si Marcel avait fait son ensilage ces jours-ci!

 

La femme de Marcel, «la sienne à Pifon» pour parler comme lui, fait entrer le petit groupe. Elle invite chacun à s'asseoir.

On procède aux salutations et autres paroles d'usage.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Salutation

 

La discussion s'engage sur le fond. C'est drôle. Maintenant, ils «sentent» la présence de Pifon. C'est saisissant! Cette odeur accompagnait Pifon aux réunions de conseil. On l'a même retrouvée dans la cuisine de la salle polyvalente. C'était le jour de l'inauguration et de l'accident. Il venait de livrer quelques caisses son cidre fait maison.

 

Madame Pifon apprécie la situation. Le moment est sans doute bien choisi. Elle le saisit:

 

- j'ai une petite surprise pour vous.

 

Sur ces mots, Pifon entre. Il est en chair et en os. Il a son sourire qu'on trouvait si bête il y a encore quelques semaines!

 

- ah! S'exclament plusieurs voix en chœur Puis un grand silence.

 

- mais, Marcel. Et l'eau! Dutoit ne peut dissimuler sa surprise. Il n'est plus sûr de rien.

 

- mais, mé, j'si pas mon frère, pardi!

 

- mais, ce sont bien tes habits. Tu les portais le jour de l'accident! Deval en est certain.

 

- c'est pas mes habits. Enfin si, maintenant. Mais le jour de l'accident, c'était Marcel qui les portait. J'les ai récupérés. C'est tout, da. Les pieux n'ont touché que la tête.

 

Madame Pifon ne peut pas faire autrement que d'intervenir:

- c'est Lucien, le jumeau à Marcel.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jumeau

 

On l'avait caché. Marcel avait peur de le montrer. Il aurait pu lui faire de l'ombre! Marcel ne voulait pas.

 

- mais enfin, pourquoi maintenant?

 

- c'est que Lucien a grande envie de prendre la place à Marcel, au consel. Maintenant, c'est possible. Marcel n'y est plus. Et ça vous fait déjà un candidat. C'est toujours ça»

 

Finalement, la nouvelle est plutôt bonne. Le premier candidat est trouvé. Six autres habitants de Basseville se dévouent. Ils vont tous constituer une liste complète. Le nouveau Pifon triomphe.

 

La campagne des deux listes, pour ces municipales partielles, a été discrète. C'est une question de bon goût. Boutel l'a bien expliqué. Les nouvelles élections doivent avoir lieu demain. C'est le quatre novembre. On va pourvoir ces sept postes. Ils sont vacants depuis le 16 septembre. Philippe Lepape, Pierre Dutoit et Michel Deval en ont convenu. Ils se retrouvent ce soir. Ils doivent préparer le bureau de vote. Philippe Lepape et Michel Deval alignent les tables sur trois des côtés de la salle. On a toujours vu celui de gauche réservé aux isoloirs. Ensuite ils transportent les deux dernières tables au milieu de la pièce. Ils font ça à chaque élection. Pierre Dutoit aligne les chaises derrière les tables. Il les range le long des murs. Ensuite, il va chercher l'urne. Il la pose à cheval sur les deux tables. Celles du milieu de la pièce. Michel Deval aperçoit un colis. Il est là, sur le bureau de la secrétaire. Personne n'y avait fait attention en entrant. Le préfet Aposs est passé hier. Il voulait voir ses amis Boutel, Anquetôt et Clémentine. Il savait les trouver à la mairie. Manque de chance, négligence coupable, il a oublié ce colis. Il l'a laissé en partant. Michel le prend:

 

- tiens! C'est plutôt léger. C'est déjà décacheté.

Il l'ouvre. Il en sort trois cassettes vidéo.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Vid%C3%A9o

 

- vous savez ce que c'est, ces trucs?

 

- non, on n’a jamais vu ça. Mais on a bien travaillé. On n’a qu’à s'installer dans le bureau de Boutel. On en regarder au moins une. Sa télé a un magnétoscope. On se prendra un café. Ça va nous faire une pause!

 

La télévision et le magnétoscope sont en route. Les images commencent à défiler. Là, les tasses retombent dans les soucoupes.

 

- Mais vous croyez que c'est pareil sur les autres?

 

Les trois amis se sont levés comme un seul homme. La deuxième cassette est lancée. Et puis, c'est la troisième.

 

C'est le même spectacle. Il met en scène des enfants violés, torturés et, parfois, assassinés.

- On va porter ça à la gendarmerie!

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gendarmerie

 

Il se fait tard. Pierre Dutoit emporte le colis chez lui. Ils trouveront un moment demain.

 

Le lendemain, Pierre Dutoit n'a pas eu le temps d'aller à la gendarmerie. Il voulait y remettre le colis qu'Aposs a oublié. Ce matin 4 novembre, il n'a pas eu le temps. Il est arrivé pour tenir le bureau. Il s'est retrouvé avec quelques autres. Il a déposé le colis dans le bureau du maire. Il l'a caché. Philippe Lepape et Michel Deval seront de bureau cet après-midi. Ils resteront jusqu’à la fermeture. Il viendra les rejoindre. Ils dépouilleront. Ceux de l'équipe Boutel et la secrétaire de mairie se montrent peu. Ils ont choisi de se faire discrets. Peu importe. L'heure est au scrutin. Toute la journée, des conseillers survivants et non démissionnaires se relaient. Ils se regroupent par équipes et par affinités. Parfois, ils se mélangent un peu. Ils parviennent à tenir l'unique bureau de vote.

 

Pierre Dutoit arrive pour le dépouillement. Philippe Lepape et Michel Deval sont encore à leur poste. L'un est chargé de donner les enveloppes. L'autre fait émarger les listes. C'est à dire, bien souvent, il montre aux électeurs où ils doivent poser la pointe du stylo. Il faut leur montrer l'endroit précis, à côté de leur nom.

L'heure de fermeture du scrutin est arrivée. L'équipe municipale est partiellement présente. Il y a surtout l'opposition. Et, bien sûr, des membres du public restent. Ceux qui le souhaitent commencent à déplacer les tables. On va décompter les enveloppes. On comptera aussi les voies obtenues par chacun, candidat ou pas. Et on totalisera aussi les bulletins blancs ou nuls. On déplace le mobilier. Il faut recomposer trois ou quatre tables. Le dépouillement va commencer. Il fait nuit depuis plus d'une heure. L'urne n'est pas encore ouverte.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Urne_%C3%A9lectorale

 

Elle est toujours sur la table au milieu de la pièce. Un bruit de compteur électrique qui saute. Les ténèbres ont envahi la salle.

 

Une rumeur monte:

 

- Que se passe-t-il?

 

- Rallumez!...

 

Michel Deval est le plus rapide. Il a pourtant cinquante ans. Il a atteint le compteur. Philippe Lepape aurait peut-être pu l'atteindre avant lui. Deux formes l'ont bousculé. Elles couraient vers la sortie. L'une d'elles l'a même cogné. Il a senti l'angle d’un objet assez dur. C'est quelque chose qui doit ressembler à un gros cube. La lumière revient. Un soupir de satisfaction monte de la salle.

 

Le soulagement est de courte durée:

 

- l'urne!

 

Eh! oui, elle a disparu. Philippe fait alors le rapprochement. Elle correspond à l'objet qui l'a cogné:

 

- l'urne a été volée!

 

- chut! écoutez…

C'est bien le bruit d'une voiture... Non, il y a deux voitures. Tout le monde se précipite à la fenêtre. Deux grosses berlines démarrent. Au bruit, on sait qu'elles s'enfuient sur les chapeaux de roues. Personne ne pense à relever les numéros. On pouvait les lire. Un lampadaire éclaire cette zone.

 

http://fr.wiktionary.org/wiki/lampadaire

 

Mais tout se passe tellement vite! C'est tellement inattendu. Les minutes s'écoulent. Les choses deviennent claires dans les têtes. Sous le choc, tout le monde a besoin de parler.

 

On s'assoit sur les tables. On s'assoit sur les chaises. On parle. On se tait. On revient toujours aux mêmes questions:

 

- Qui a fait ça?

 

- Que va-t-il advenir du scrutin?

 

Une heure, une heure et demie passe. On commence à se ressaisir. La porte d'entrée s'ouvre. Ça ne fait quasiment aucun bruit. Quelques une perçoivent un léger grincement. Généralement ceux qui sont les plus proches. Ils alertent deux ou trois personnes dans la salle. Ils vont voir s'il y a quelqu'un. L'entrée est déserte. Mais l'urne est ici. Elle est sur le bureau de la belle dame. Elle a été rapportée! Soulagement! On peut dépouiller.

 

La soirée aura été longue. Tout le monde est fatigué. On ne réalise pas ce qui s'est passé. Le résultat était pourtant inattendu. Six des employés communaux sont élus:

 

- Ils ont laissé Pifon. On respecte les morts, ici.

 

Il n'y aura pas de deuxième tour. En un sens, tout le monde s'en réjouit.

 

Les documents officiels ont été dûment remplis. On les enverra à la préfecture. Elle entérinera.

 

La salle s'est vidée. Il ne reste plus que Philippe Lepape, Pierre Dutoit et Michel Deval. Michel repense aux cassettes. On ne va pas les remettre à la gendarmerie. Il est à nouveau trop tard. Cependant, il ne veut pas les laisser à la mairie. Elles ne vont pas y rester cette nuit. Il entre dans le bureau du maire. Philippe Lepape et Pierre Dutoit entendent un cri. Ils n'en auraient pas cru Michel capable. Il est épuisé.

 

Ils se précipitent. Le colis, le colis avec les cassettes a disparu! Il a disparu comme l'urne. Elles, par contre, la deuxième ombre les a gardées! Pierre Dutoit se souvient. Le voleur de l'urne n’était pas seul. Il s'est introduit seul dans la salle du conseil. Le deuxième fouillait sûrement le bureau du maire. Il a été informé. On ne sait pas comment. Tous les trois se souviennent. Il y avait bien deux voitures à s'enfuir après le forfait!

Épuisés, ils sortent. Ils ferment la porte. Chacun rentre chez soi.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fraude_%C3%A9lectorale

 

Basseville-sur-Terre se remet tout doucement de la catastrophe. Elle a coûté la vie à tant de ses habitants. On a perdu six conseillers. Et combien de braves gens sont morts! Ils souhaitaient simplement passer un bon moment. Le jour de l'inauguration s'annonçait bien. Et voilà qu'un nouveau drame se profile.

 

Sportif accompli, il a lu la presse d'hier. Celle du 9 janvier 1994. La description de la salle l'a intéressé. Il a remarqué les prestations. Il a particulièrement retenu l'éclairage zénithal. Tout ça en fait l'équipement le plus moderne du département. Il a donné rendez-vous sur place à un ami et partenaire. Celui-ci est sûrement déjà arrivé. Mais il n'a pas pu fermer son cabinet. Il a dû renoncer! Il a pourtant essayé de limiter la durée pour chaque patient. Une consultation plus longue que prévu, ça arrive!

Il avait à parcourir vingt-cinq kilomètres et demi. Il en a déjà fait vingt-cinq. Et voilà qu'un camion devant lui l'oblige à ralentir. Il doit même freiner dur. Il arrive tout prêt de la barre anti-encastrement. Son pouls monte un peu. Mais ce fichu camion va-t-il tourner? Va-t-il lui laisser le chemin libre, oui ou non... Non? Et voilà qu'il prend le chemin d'accès... à la salle polyvalente! Alors ça, c'est un comble! Et le camion continue. Il progresse vers la salle. Il s'arrête à quelques mètres seulement de la façade.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fa%C3%A7ade_(architecture)

Lui, il arrête sa voiture. Il lui faut maintenant marcher sur l'herbe. Le camion occupe toute la largeur du chemin. Sur les côtés, des barres métalliques dépassent de la remorque. Il s'engage donc sur l'herbe. Il marche à bonne distance du bord. Son confrère l'a aperçu. Il l'appelle. L'insouciance le gagne. Il se met à gambader. Il se dirige vers la salle. Ce faisant, il se rapproche de l'«œuvre de solidarité avec les populations souffrantes d'Afrique!» Il jette sa raquette en l'air. Il la rattrape avec une dextérité surprenante. «Oui, j'arrive! Et puisque les habitants de Basseville-sur-Terre sont assez cons pour nous payer une salle comme ça...» Il ne termine pas sa phrase. Il ne jouera pas cette dernière partie. Le sol s'est dérobé sous ses pieds. Son pouls de sportif s'est arrêté.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pouls

C'est le Parawi sous terre.

 

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